BRÈVES
N°273 Juillet 2026
Nous avons crevé de chaud début juin, nous crevons de chaud fin juin, nous crèverons de nouveau bientôt, ce qui déclenche un concert de lamentations et d'invectives indécentes. Ne sommes-nous pas responsables, tous ou presque, de l'inexorable montée des thermomètres ? Comme s'il fallait incriminer ceux qui nous gouvernent, valets soumis de nos vrais maîtres — les puissances industrielles et financières — et non nous autres, qui élisons les premiers et enrichissons les seconds ! Quand quelques-uns, bons citoyens, osent combattre le désastre climatique et proposer les solutions qui s'imposent — je les soutiens moralement, mais sans agir à part écrire, hélas —, leurs représentants récoltent 5% à tout casser aux élections présidentielles, sous les moqueries et les insultes d'une majorité d'entre nous. Oui, nous avons bien mérité de crever.
Voilà du moins ce que j'écris pour la galerie. Je dois rester conforme à l'image que je veux donner à ceux que je fréquente de visu ou de scriptu. En fait, un vieux reste d'honnêteté me contraint à l'avouer : volkonautes, mes amis, je vous mens moi aussi ! Sachez qu'un gigantesque complot planétaire est parvenu jusqu'ici, tant bien que mal, à dissimuler la vérité ! Ce qu'on appelle réchauffement climatique, c'est entièrement la faute aux éoliennes, qui réchauffent l'air en le brassant ! Et aux écolos, dont les élucubrations nous chauffent les oreilles ! Ces diables verts, qu'ils aillent brûler chez Satan !
![]() Ça jette un froid... |
Et puisqu'il est question d'enfer (admire-t-on assez nos transitions ?), voici un bien curieux livre, jailli comme un diable des profondeurs de ma bibliothèque : Les mystères du confessionnal, manuel secret des confesseurs. Le titre est clair : nous avons-là, mes frères, mes chères sœurs, un manuel rédigé au milieu du XIXe siècle pour assister les ecclésiastiques dans la conduite de leurs confessions. Attention : l'ouvrage traite uniquement du péché le plus glamoureux, obsession des monothéismes, notre péché mignon à tous : celui qui touche au sexe.
Un livre ? Pas vraiment. Un raboutage de quelques manuels anciens, livrés sans présentation. Les éditions Filipacchi firent alors, en 1974, un travail éditorial dégueulasse. L'ouvrage est par ailleurs compact, interminable, fastidieux — d'où l'intérêt de la brève compil émoustillatoire offerte ici. Il eût fallu tailler, condenser, mais tel qu'il est ce gros bouquin a quelque chose de fascinant dans son effort surhumain pour collecter, répertorier, hiérarchiser tous les comportements et toutes les pensées lubriques, dont la variété est infinie. Le catalogue semble complet, bravo, on trouve même certaines turpitudes dont on n'avait pas idée :
...ainsi, commettrait un horrible sacrilège celui qui porterait des désirs de concupiscence sur la bienheureuse Vierge en se livrant à la pollution devant sa statue.
(Je suis sur ce point, mon père, totalement innocent.)
«L'exécrable habitude de la masturbation», qui «jette les confesseurs dans une espèce de désespoir», est combattue avec une fermeté qui atteste sa virulence :
Quand vous vous livrez à cette vilénie, vous tuez et vous détruisez en germe ce qui pourrait devenir une créature, un de vos enfants. Que diriez-vous d'un père qui, pour son plaisir, mettrait à mort ses enfants ? Ne mériterait-il pas d'être brûlé vif ? Eh bien vous êtes ce père cruel, inhumain, barbare...
La peccatologie s'avère une science diablement complexe. Se demande-t-on «si celui qui a éprouvé la pollution pendant le sommeil peut recevoir la sainte Eucharistie» ? Selon saint Grégoire le Grand, la pollution nocturne est, selon les cas, un non-péché, un péché véniel ou mortel.
Les auteurs ont le péché mortel facile, on se demande, à les lire, qui d'entre nous échappera aux feux de l'enfer, mais la peccatolgie n'est pas une science exacte non plus, on sent que les théologiens débattent sec, tandis que les confessés regimbent, on le subodore, devant des interdits encore plus terrifiants que d'autres.
Accablante lecture, certes ; comment le christianisme a-t-il pu tomber à ce point dans le ridicul ? Mieux vaut en rire, déguster les pépites croustillantes, et même tirer de ce pensum quelques voluptés littéraires — tant sont savoureuses, parfois, les circonlocutions des bons pères, s'évertuant à touiller la boue sans se salir. On demande au confessé s'il a «éprouvé dans les parties secrètes une agréable délectation après laquelle les mouvements se sont calmés ?» Quant à la cyprine, ce nectar, c'est, nous dit-on,
l'écoulement intérieur, et rarement extérieur, d'une espèce d'humeur muqueuse qui se laisse facilement comprendre par l'aveu de sensations extrêmement agréables.
On se régale d'imaginer les bergers de nos âmes dans leurs petits souliers tandis qu'ils posent aux dames, aux jeunes filles surtout, des questions épouvantablement intimes ; de se représenter leur trouble devant ces trésors de lubricité qui s'étalent dans ce guide du routard de l'Enfer, et la branlette qui s'ensuit, on le leur souhaite, tandis que les contemplent, hilares, non pas les démons, mais les anges.
![]() Pas très passionnant, semble-t-il... |
L'écriture est-elle enfer, paradis, purgatoire ? Les trois à la fois ? Dans son Invitation à l'atelier de l'écrivain (Livre de poche), Ismaïl Kadaré, pape de la prose albanaise, va-t-il nous donner sa réponse ?
Kadaré, c'est désormais une star internationale, une de celles dont on parle pour le Nobel. Mort en 2024, il ne l'aura pas, et si j'aimerais saluer le grand homme — d'autant qu'il fut un opposant courageux à la dictature locale —, je ne sais que penser de ses livres. Qui a ramené Doruntine ?, oui, c'était fort, mais Le palais des rêves et tout récemment Le monstre m'ont laissé tiède. Les textes hétéroclites de cette Invitation ne manquent pas d'intérêt en eux-mêmes, mais ils me touchent que de loin. Les auteurs grecs anciens, qui sont pour lui vivants comme sa maison, je les visite comme un musée. Et je n'ai pas la même expérience du travail d'écrire, même si je trouve la sienne impressionnante :
Les heures qui précèdent l'écriture comptent parmi les plus sublimes de son emploi du temps. Il pressent l'imminence d'un ouragan, encore à l'état libre dans son esprit. Mais il va s'asseoir à sa table et, pour traiter cette tempête, il va lui falloir la maîtriser, commencer par le ficeler comme on ligote un fou furieux, puis la terrasser de gré ou de force, lui passer la camisole, la cogner, l'écarteler, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à la dompter.
Bigre ! Avec moi la bête est nettement moins fougueuse...
Notons que le dompteur affiche par ailleurs une modestie de bon aloi. La vanité, quel manque de lucidité, quelle infirmité ! L'écrivain, selon Kadaré,
sait que ce qu'il a mis au jour n'est qu'un simple fragment, un morceau qui a échappé par hasard à la meule monstrueuse sans être broyé par elle. Les autres gisent là, par terre, mais il n'a pas la force de les ramener à lui, quelque chose toujours lui fait défaut : treuils, outils, sans parler des jours de sa vie, qui sont comptés.
Si je reviens de temps en temps à Kadaré, c'est sans doute moins pour lui que pour son premier traducteur : mon ami Jusuf Vrioni. Un grand monsieur, descendant d'une grande famille, la distinction et la gentillesse incarnées. Son français était parfait. Presque trop, mais qu'importe : lire aujourd'hui ses traductions, c'est savourer sa langue impeccable en même temps que sourire un brin, tandis que s'avance une belle Albanaise, l'air vaguement déguisé dans sa robe de soirée somptueuse.
![]() Jusuf Vrioni tel que je l'ai connu. |
Les Grecs, finalement, je les lis peu ! En dehors de ceux que je traduis à la chaîne, bien sûr. Mais je suis tenté depuis longtemps de m'embarquer dans les livres de Màkis Malafèkas. Parce que des gens bien en disent beaucoup de bien. Et que l'entendre parler récemment — lucide, subtil, sympathique —, a renforcé mon envie d'aller voir.
Trois polars au catalogue : Dans les règles de l'art, Un autre été grec et Deepfake, chez Asphalte. Prenons le plus récent, Deepfake — encore un titre qui résume tout. Nous sommes là, certes, dans la tradition du roman noir, où un homme seul (un écrivain cette fois, et non un détective) affronte une société pourrie jusqu'à l'os, tombée aux mains d'une organisation hyperpuissante, hypermalfaisante, qui va jusqu'à infiltrer l'État. Mais nous sommes en même temps plongés dans l'actualité la plus brûlante, puisque l'ennemi est l'extrême droite et que son chef assure son pouvoir à coups de vidéos truquées et de fake news diverses, tordant la réalité à sa guise.
L'action est spectaculaire à souhait, le héros s'introduit dans la gueule du loup, et si je n'ai pas compris grand-chose aux détails des péripéties, c'est là un bien : se sentir perdu renforce l'impression de cauchemar. Un bon roman noir se doit d'être obscur. Si Le grand sommeil de Chandler est sans doute le chef-d'œuvre du genre, c'est que l'auteur lui-même, dit-on, avait perdu le fil. Et quand le roman montre la réalité qui fout le camp, il convient d'être plus obscur encore.
Le pessimisme, noir aussi. Cette déclaration d'une des crapules annonce la couleur :
— Tu as déjà possédé une femme qu'on te proposait par respect et par crainte ? (...)
— Ça me dit rien, non.
— Tu sais pas ce que tu rates. Et je te conseille d'essayer parce que, de toute façon, c'est vers ça qu'on se dirige. On y retourne tout droit. À l'ordre ancien, à la bonne vieille force. Le jour où les États s'effondreront, quand les systèmes et les administrations rendront l'âme, que toutes ces immondices disparaîtront et que chacun retrouvera sa nature profonde.
L'auteur paraît très bien documenté, la dénonciation de notre monde actuel est maximale, et la traduction de Nicolas Pallier préserve la force nerveuse de l'original.
Malafèkas, à cinquante ans seulement, n'a sûrement pas fini de nous secouer.
![]() La v.o.... ![]() ...& la v.f. |
Éric Vuillard, auteur désormais fêté, retrouvera-il un jour la verve sèche et assassine de son célèbre Ordre du jour d'il y a dix ans ? Il y démasquait le visage hideux des grands industriels allemands, qui s'unirent tous, voilà près d'un siècle, pour porter Hitler au pouvoir. Il y a cinq ans, tout en appréciant fort Une sortie honorable du même Vuillard, dézingage cinglant des politiques et des militaires français lors de la guerre d'Indochine, j'étais un peu gêné par une écriture moins tendue, un brin plus complaisante.
Les orphelins, son petit dernier, toujours chez Actes Sud, ajoute encore à sa gloire. Partant d'un portrait de Billy the Kid, l'un des grands noms de la saga du Far West, personnage de légende, Vuillard peaufine sa méthode : une documentation serrée, interprétée avec une intelligence ravageuse, une analyse qui élargit le champ et vire au jeu de massacre. Applaudissements unanimes, semble-t-il, de la critique, fascinée par un tour de force au moins triple : donner chair à un personnage dont on ne sait pratiquement rien, faire du petit malfrat une victime attendrissante, et l'ériger en symbole, sa brève destinée résumant l'éclosion et le triomphe de notre société capitaliste. Le regard est juste dans l'ensemble, et le récit, pas trop long, crépite de pensées et de formules éblouissantes.
Jesse Evans, l'un des compagnons de Billy (la photo sur la couverture, c'est lui), c'est
le produit d'une époque et d'un lieu où l'on put devenir riche, plus riche qu'on ne le fut jamais dans l'Histoire humaine, et en quelques instants. (...) Il tire sa liberté folle et factice d'une parenthèse de temps où une forme violente de liberté et de désordre, qu'on n'avait jamais connue auparavant et qui n'est certes pas dépourvue de charme, fut nécessaire à l'établissement brutal des plus durables inégalités.
Le desperado est la figure dépravée du self made man, il en est l'illustration, mais inaccomplie. (...) Et puisque la société n'est jamais rien d'autre que la contrefaçon de ses principes, aussitôt la concurrence dégénère en tueries, la liberté se frelate en crimes, et l'Histoire de l'Amérique sera un scénario de Frank Capra joué par des voleurs.
Les États-Unis ne sont décidément pas une nation comme les autres, mais une colonie établie à la va-vite sur des marécages.
etc. etc.
Tout cela intellectuellement fort brillant, certes, mais un peu gênant parfois, un peu systématique, non ? Du moins pour ceux qui pensent que les voleurs n'ont pas totalement effacé Capra, et qu'il serait fâcheux de jeter la démocratie avec l'eau du capitalisme. Je n'aime pas trop non plus certaines coquetteries de style chez Vuillard, comme ces jeux gratuits avec les temps verbaux. Critique futile, sans doute, mais Godard n'a-t-il pas dit qu'«un travelling est affaire de morale» ? Cela étant, mon bémol est mineur, mettons que je n'ai rien dit, et que ceux qui n'ont pas lu L'ordre du jour se précipitent dessus.
![]() Billy the Kid himself |
Après tous ces moments cruels, pourquoi pas une petite récré douce et légère ? J'ai ça aussi en magasin. Car dans notre série des Grands Pasticheurs, voici Jean Pellerin !
Revoici plutôt. Ce très charmant poète (1885-1921), membre de l'école fantaisiste avec Derème et Carco, injustement oublié de la postérité, je l'ai oublié moi aussi, la honte ! Je ne me rappelais pas l'avoir accueilli ici même deux fois : en mai 2013 pour ses pastiches, rassemblés en 1919 sous le titre Le copiste indiscret, et le mois suivant pour ses poèmes réunis après sa mort sous un beau titre mélancolique : Le bouquet inutile.
Il pasticha entre autres Barbey d'Aurévilly, Claudel, Colette, Courteline, Guitry, Renard, Giraudoux, mais c'est dans la poésie qu'il touche sa bille. Il y est d'une habileté euphorisante ! J'aime son noble Vigny :
Lorsque l'aigle est blessé par le fils de l'Espagne
Qui braque l'escopette au flanc de la montagne
Il sent trembler son aile, il tournoie, il descend,
Puis, l'orgueil le ranime, il s'élève, puissant,
Vers la cime neigeuse, où, reine tutélaire,
La Solitude accueille et protège son aire.
Je salue son Hugo grandiose :
L'Italie agonise et César est occis.
On a brûlé Venise. On a pris Untaxi.
Hérissant notre sol de mille hallebardes,
Stanislas de Pologne est aux marches lombardes.
J'avais cité naguère le déchirant «Autobus ivre» de Rimbaud, mais le clou somptueux du recueil reste pour moi cette «Amérique !» où l'Anna de Noailles pastichée, avec une ombre d'ironie, se hisse au niveau de la vraie :
Los Angeles ! Palmiers ! Géraniums ! Orchidées !
Oiseaux miraculeux,
Bavards — mais je savais assemblant mes spondées
Chanter plus longtemps qu'eux !
L'odeur du soir tombant avait l'âme subtile
D'une douce liqueur.
Les fruits étaient aussi colorés que mon style
Et plus lourds que mon cœur.
(Je cite à nouveau ces deux strophes sublimes pour les flemmards que trois clics fatiguent.)
![]() Jean Pellerin |
Puisque nous sommes en poésie, restons-y avec l'un de mes poètes contemporains préférés, célèbre et même nobélisé, l'Irlandais du Nord Seamus Heaney (1939-2013).
Je l'ai découvert il y a longtemps déjà, avec un court poème qui m'est resté gravé, où il évoque une corvée de patates et sa mère mourante, le voici :
When all the others were away at Mass
I was all hers as we peeled potatoes.
They broke the silence, let fall one by one
Like solder weeping off the soldering iron:
Cold comforts set between us, things to share
Gleaming in a bucket of clean water.
And again let fall. Little pleasant splashes
From each other's work would bring us to our senses.
So while the parish priest at her bedside
Went hammer and tongs at the prayers for the dying
And some were responding and some crying
I remembered her head bent towards my head,
Her breath in mine, our fluent dipping knives —
Never closer the whole rest of our lives.
Et le voilà traduit par Patrick Hersant :
Quand les autres partaient à la messe, j'étais
Tout à elle pour peler les pommes de terre.
Lâchées l'une après l'autre, elles brisaient le silence
Comme pleure l'étain sous le fer à souder :
Frais petits réconforts entre nous en partage,
Elles étincelaient dans le baquet d'eau claire.
Il en tombait encore, et chaque plouf joyeux
Nous ramenait alors à la réalité.
C'est ainsi que, pendant qu'à son chevet le prêtre
Débitait la prière des agonisants,
Que les uns répondaient et les autres pleuraient,
J'ai songé à sa tête inclinée vers la mienne,
À nos souffles mêlés, à nos couteaux diserts —
Plus proches ce jour-là que jamais depuis lors.
Tout Heaney est là, avec sa poésie dont le matériau principal est le souvenir, d'enfance le plus souvent, et le réel le plus humble, le plus prosaïque, transfiguré tout en restant le même — comme un calva qui serait en même temps jus de pomme. D'autres poèmes racontent le gravier, la tourbe, un canapé, une vieille couverture... Une foule de personnages s'y promène, et l'on y entend aussi, bien sûr, l'écho des douleurs de la guerre civile. Une poésie proche de la tradition mais sans passéisme, à la fois simple et savante, «mystérieuse et accessible», a-t-on dit.
La famille du poète a tiré de son œuvre abondante un choix de poèmes qui offre la meilleure des approches. Cent poèmes existe désormais en édition bilingue, à La Table Ronde, et je m'en régale doublement : grâce aux poèmes anglais mais aussi aux traductions de Patrick Hersant, décidément l'un des meilleurs d'entre nous, qui allie avec maîtrise précision et musique. Son Heaney français respire bien.
![]() Seamus Heaney |
La BD du mois : Creuser voguer, de Delphine Panique, aux éditions Cornélius. Dix histoires délirantes au premier abord, mais inspirées par le réel le plus rude qui n'en finit pas d'y résonner. On y retrouve, dans des lieux et des circonstances différentes, un groupe de femmes soumis à des voyages et des travaux pénibles et sans fin, de préférence absurdes, allusion claire à nos sociétés actuelles avec leurs migrant(e)s et autres exploité(e)s. L'auteure s'en explique longuement (trop longuement ?) au début et à la fin du livre : le récit se suffit à lui-même, avec son inventivité folle, son dessin ahurissant, ses couleurs frappantes. Un moment très beau, très fort.
![]() La triste réalité... |
Quand on va trop peu au cinéma, il faut bien choisir. Le mois dernier, trois fois bingo.
Vénus électrique de Pierre Salvadori, avec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï et Gilles Lellouche, tous excellents. Une délicieuse histoire d'imposture dans le Paris d'autrefois, scénario subtil, mise en scène moelleuse, film en même temps plein et léger dont on sort avec un sourire ému.
The Christophers de Steven Soderbergh. Un vieux peintre déchu et ronchon (Ian McKellen, formidable), une jeune faussaire chargée de terminer ses toiles en douce, ça commence comme une arnaque, s'y ajoute une méditation sur la création, mais le cœur de ce film astucieux et retors, ce qui le rend émouvant, c'est ce qui se noue entre deux personnages que tout oppose.
The Plague, de Charlie Polinger. Dans un camp d'entraînement au water-polo, une bande de garçons prépubères. Deux d'entre eux sont mis à l'écart comme des pestiférés. On a rarement aussi bien montré de quelle cruauté imbécile l'espèce humaine est capable, dans sa version masculine surtout, et l'on est sidéré d'apprendre que ce film d'une beauté glaçante, si maîtrisé, aux jeunes acteurs si bien dirigés, est la première œuvre d'un jeune homme.
![]() The plague. |
En août, au programme : Heine, Tchekhov, Dhôtel, Sagan, Frédérick et quelques congres.
![]() Philémon et son âne |
(réponse sur le numéro de la citation...)
Citer, c'est ressusciter.
Il y a en tout vieux un jeune qui se demande ce qui s'est passé.