BRÈVES
N°272 Juin 2026
Pourquoi rouvrir la Bible, après tant d'années de mécréance crasse ? Et pourquoi choisir les Actes des apôtres ?
En fait, je ne rouvre pas, j'ouvre une version nouvelle du Livre, la Bible Bayard, qui ne me rendra pas la foi bien sûr, mais ravivera, je l'espère, les couleurs du vieux texte. Nous sommes tellement imprégnés par lui, croyants ou non, que les évangiles, par exemple, nous croyons les connaître à peu près. Les Actes des Apôtres, eux, sont un peu dans l'ombre, à part quelques épisodes : la Pentecôte avec ses langues de feu, Paul tombant de son cheval, frappé par la foi. Formant un seul texte avec l'évangile de Luc, dont ils furent détachés plus tard, ils commencent après la mort de Jésus et racontent les tribulations des disciples du maître partis semer la bonne parole un peu partout.
Quelle folle histoire tout de même. Ces pouilleux, souvent illettrés, transportés par leur feu sacré au point de laisser tomber leur vie tranquille, courir les routes, affronter les dangers ! Car on ne s'est pas rendu compte, en lisant leurs aventures au temps lointain du catéchisme, du culot qu'il a fallu pour tenter de convertir les Juifs, qui les insultaient, les jetaient en prison ou les lynchaient. Il y avait alors parmi les Juifs, comme c'est toujours et partout le cas, des chefs sacrément brutaux et sectaires et des pauvres diables qui prenaient les coups.
Les païens, eux, se montraient moins virulents. Mais attention : pouvaient-ils recevoir le baptême sans s'être raccourci la quéquette ? La question divisa longtemps les premiers chrétiens.
Lors de leurs pérégrinations, ces VRP du Christ faisaient, nous dit-on, un miracle après l'autre, comme lui, ce qui nous rappelle qu'il ne faut pas chercher dans ces pieux récits de vérité historique pointilleuse.
La Bible Bayard, décape raisonnablement l'écrit vénérable, de façon moins extrême que l'inénarrable version Chouraqui. Là au moins, on comprend, et les choix lexicaux sont bienvenus. On ne dit plus «esprit», mais «souffle», «ressusciter» mais «relever», d'où un récit moins théologique, plus concret et vivant.
Voici la Pentecôte :
Lorsque s'est accomplie la Pentecôte, ils étaient tous réunis dans un même endroit quand, provenant du ciel, un bruit soudain, semblable au passage d'un vent violent, a envahi la maison où ils se trouvaient. Ils ont vu des sortes de langues de feu se répartir et se poser sur chacun d'eux. Tous, à ce moment, comblés du Souffle saint, ont parlé selon ce que le Souffle leur donnait à dire, dans des langues étrangères.
L'abandon du passé simple traditionnel et solennel au profit du passé composé, plus familier, va dans le bon sens. Mais dans d'autres passages, hélas, les deux temps alternent sans raison valable, avec une gaucherie digne d'un débutant, et l'ensemble de la traduction se révèle assez lourdingue — pourquoi «provenant», ici, plutôt que «venu» ? Chaque livre du Livre, chez Bayard, est traduit par un tandem (un bibliste, un écrivain), et ne pas donner les noms des deux coupables en l'occurrence est un acte de charité chrétienne.
La Bayard, cependant, reste un très bon outil, d'autant qu'elle propose en plus des textes saints des commentaires fort judicieux.
![]() Jean Restout, La Pentecôte, 1732, Musée du Louvre |
Mes bien chères sœurs, et vous aussi, mes frères, redescendons ensemble le temps jusqu'à nos jours et un petit village de montagne en Suisse alémanique où vit une héroïne de roman. La nature y est très belle, assortie à l'âge du personnage, et toutes deux vivent en harmonie :
Les forêts, de l'autre côté de la rivière, n'avaient jamais été aussi bigarrées que cet automne, ni le ciel aussi clair et l'air aussi vif. Le paysage était parfait, car il portait déjà en lui les signes timides de la destruction.
L'amoureux de la dame passe la voir de temps à autre, ils voyagent parfois ensemble, mais le plus souvent il repart seul recenser les tigres au bord du fleuve Amour. Entre l'amour et l'Amour, cette femme vit des moments très doux et d'autres douloureux.
Son amour pour lui avait toujours aussi quelque chose de désespéré, il était un peu trop grand.
Le bonheur était en réalité un lieu inhospitalier, construit tout près de l'abîme, pensa Olga quand il fut reparti. Le plus beau moment s'accompagnait toujours du plus affreux. Seuls les gens courageux pouvaient le trouver.
Tout cela raconté sans chronologie, ce qui semble logique puisqu'il ne se passe pas grand-chose. Le temps coule à peine, on flotte et ce n'est pas désagréable. Certaines pages passent discrètement, d'autres ne manquent pas d'allure :
Olga avait appris de sa grand-mère qu'il pouvait être utile, exceptionnellement, de haïr un tout petit peu. Les volcans aussi devaient parfois cracher du feu pour évacuer la pression interne, avait-elle expliqué.
Dans certaines maisons du village, la haine menait la vie d'un tigre de salon bien nourri. À l'insu de tous elle faisait partie du quotidien et veillait à ce que l'amour ne prolifère pas dans le village et ne transforme pas le monde en un pays de cocagne.
Le récit pourrait durer plus longtemps ou s'arrêter plus tôt, on ne s'ennuie presque pas et pourquoi ne pas aller jusqu'au bout, après tout ? Je ne voudrais détourner personne de ce beau roman de Leta Semadeni, Le grand fleuve Amour, paru l'an dernier aux éditions Zulma, dans une traduction apparemment excellente de Barbara Fontaine.
J'aimerais seulement retrouver l'article — où l'ai-je donc pêché ? — qui m'a aiguillé vers ce livre. Il était si beau. Plus encore que le roman lui-même. Certains critiques sont des magiciens.
![]() Leta Semadeni |
Après ce moment paisible, bruit et fureur avec L'insurgé de Jules Vallès, dernier volume après L'enfant et Le bachelier d'une trilogie largement autobiographique. Vallès, écrivain, homme politique et surtout journaliste de combat, fut l'une des figures majeures de l'opposition aux forces de droite entre 1848 et sa mort en 1885. Il fut plusieurs fois emprisonné et même condamné à mort après la Commune, où il joua un rôle majeur.
L'insurgé raconte la fin du Second empire, la défaite de 1870 puis la Commune et son échec sanglant, tout cela vu par Jacques Vingtras, alter ego de l'auteur. Ce défenseur des pauvres et des opprimés, lui-même issu du peuple, ce révolté, ce révolutionnaire, rejette cependant la violence et refuse tout embrigadement :
Ah ! sacrebleu, que j'ai donc bien fait de n'être d'aucune coterie, d'aucune Église, d'aucun clan, et d'aucun complot !
Bref, quelqu'un de bien. Et un sacré raconteur. La Commune apparaît ici telle qu'elle fut sûrement : un incroyable bordel, criant de vérité. Mais si la trilogie reste lue, c'est que Vallès, témoin de l'histoire placé aux premières loges, se double d'un écrivain de première force, véhément, alternant blague et fureur, portraitiste cruel. Jules Simon :
Patouillard, félin, avec des gestes de prêtre, les roulements d'yeux d'une sainte Thérèse hystérique, de l'huile sur la langue et sur la peau, la bouche en croupion d'oie de Noël — il me reconnaît, et vient à moi en avançant ses doigts grassouillets et moites.
À la première occasion il devient lyrique ! épique ! La Commune :
Ce sont des morceaux d'armée qui se cherchent, des lambeaux de République qui se sont recollés dans le sang de mort. C'est la bête que Prudhomme appelle l'hydre de l'anarchie qui sort ses mille têtes, liées au tronc d'une même idée, avec des braises de colère luisant au fond des orbites.
Mais le sommet du livre, c'est sans doute cette phrase qui le résume admirablement ainsi que son auteur :
Il me semble qu'il n'est plus à moi, ce cœur qu'ont écorché tant de laides blessures, et que c'est l'âme même de la foule qui maintenant emplit et gonfle ma poitrine.
![]() Vallès peint par Gustave Courbet. |
Entre deux gros livres, un intermède charmant : Le monogramme de perles, de Josephine Tey, en 10/18. Un polar, ou plutôt une detective story, délicieusement british, publiée en 1929. Une intrigue futée, sans souci de vraisemblance excessif, où la victime, au départ, est aussi inconnue que l'assassin, lequel n'est pas celui qu'on pense, évidemment. Avec en prime un inspecteur fort sympathique, une pincée de péripéties proches du roman d'aventures — c'est Agatha Christie invitant John Buchan à prendre le thé. Bref, on ne s'ennuie guère, mais le plus beau, et l'essentiel, c'est que la plume alerte de Mrs Tey — pourquoi n'est-elle pas plus connue en francophonie ? — nous gratifie ici et là de pages dignes de genres censément plus nobles. Exemples :
Le tribunal de police de Gowbridge n'est pas un lieu très joyeux. Il combine l'odeur de moisi d'un mausolée, la gaieté hygiénique et artificielle d'un hôpital, l'atmosphère confinée d'un métro, l'austérité et la laideur d'une salle de classe ou de réunion publique.
Ou bien :
Ici et là, des vêtements d'enfant bariolés dansaient sur une corde à linge, gonflés par la brise, formant un collier de rires multicolores. Et plus loin, quand les derniers vestiges de la ville eurent disparu, le train traversa de vastes prairies qui chatoyaient sous le soleil, comme sur une vieille gravure de scène de chasse. L'Angleterre tout entière était charmante ce matin, Grant le savait. Même les canaux de Nottingham, aujourd'hui, montraient une touche de bleu vénitien, leurs murs sales et étouffants aussi roses que les murs de Petra.
Ou celui-là :
Quand elle dansait, elle avait toujours une fraction de retard sur la musique, de sorte qu'au lieu de l'accompagner la musique semblait être une force agissante qui la soulevait, la faisait tournoyer et tourbillonner, la poussait de côté et la déposait doucement sur le sol avant de s'éteindre.
La traduction d'origine a été revue par Carole Hanna. Le résultat tient joliment la route.
![]() Josephine Tey in person |
Après cette pause fraîche et légère, un livre terrifiant : Aqua, de Gaspard Koenig, paru cette année aux éditions de l'Observatoire.
Je ne connaissais pas Gaspard Koenig. À quarante-quatre ans, cet ancien étudiant surdoué a déjà publié douze essais, la plupart à tendance philosophique, et sept romans. Celui-ci est le deuxième volume d'une tétralogie où chaque livre a pour thème l'un des quatre éléments. Le premier, Humus, consacré à la terre, a raflé plusieurs prix.
Aqua raconte la vie d'un village normand frappé par une terrible sécheresse. Sujet ténu, pense-t-on. Erreur : l'auteur en fait une véritable épopée. Histoire et géographie, hydrologie, géologie, naturopathie, législation locale et nationale, l'auteur connaît tout, que c'en est hallucinant. Il semble aussi tout savoir sur les habitants de ce pays, qu'il a exploré à cheval pendant des mois. Ceux qui peuplent son village ou gravitent autour de lui (paysan traditionnel, hydrogéologue, écolo idéaliste, naturopathe bouddhiste, politicards parachutés) sont essentiellement des archétypes, mais suffisamment dotés d'épaisseur pour exister pleinement. Ils ne cessent de s'affronter, on s'en doute, et ce Clochemerle prend bientôt des dimensions homériques.
L'auteur ne se fait aucune illusion quant à notre monde actuel — qui donc a gardé les siennes ?
Pour la première fois, Martin doute du service public. (...) Au fond, à quoi l'a-t-on formé à l'ENA, sinon à habiller le chaos de la vie d'un voile de rationalité, à fournir à la société les arguments indispensables pour qu'elle ne se prenne pas elle-même en horreur ? (...) Nos douleurs, nos erreurs, nos crimes prennent sens dans les cases prévues par les formulaires. L'administration est un smiley posé sur l'absurdité du monde.
Et plus loin, lorsqu'après une discussion désabusée le politicard voit partir la militante écolo qui fume pour s'étourdir :
Martin a l'impression de voir s'éloigner, sur ce parvis battu par la pluie, dans le vacarme incessant de l'autoroute, l'allégorie de la science moderne, non plus une déesse gracile tenant entre ses mains un compas et un globe, mais une randonneuse boulotte et déprimée, la tête farcie de faits que personne ne veut voir et de raisonnements que personne ne veut entendre, un nuage de fumée s'échappant de sa capuche orange comme le panache d'un vieux paquebot rouillé.
Ceux qui nous gouvernent — ou plutôt croient qu'ils — en prennent pour leur grade, on s'en doute. La satire se déchaîne, tantôt rigolarde, tantôt exaspérée, malgré une fin volontariste on ne voit guère d'issue, et seul le talent éclatant de l'écrivain nous console un peu.
En attendant les volumes suivants, on se demande pour qui l'auteur de ce livre éminemment citoyen votera l'an prochain, lui qui fut assez naïf, ô surprise, pour soutenir Macron il y a dix ans. Il a sûrement évolué depuis, mais il s'affiche libéral tout en écrivant des livres écolos......
![]() Gaspard Koenig |
Attention : il ne s'agit pas de défendre ici l'environnement au point de bannir tout ce qui n'est pas écologiquement correct. À preuve ce qui va suivre : un éloge de l'industrie chimique !
En 1958, Alain Resnais tourne un court métrage, Le chant du styrène, décrivant la fabrication d'objets en plastique. Il commande le commentaire à Raymond Queneau, qui le rédige... en alexandrins. L'alliance entre sujet moderniste et forme classique n'est pas seulement pleine d'humour : elle fonctionne à merveille, forme et sujet se mettant l'un l'autre en valeur.
Voici la fin :
Le pétrole vient-il de masses de poissons ?
On ne le sait pas trop ni d'où vient le charbon.
Le pétrole vient-il du plancton en gésine ?
Question controversée... obscures origines...
Et pétrole et charbon s'en allaient en fumée
Quand le chimiste vint qui eut l'heureuse idée
De rendre ces nuées solides et d'en faire
D'innombrables objets au but utilitaire.
En matériaux nouveaux ces obscurs résidus
Sont ainsi transformés. Il en est d'inconnus
Qui attendent encore la mutation chimique
Pour mériter enfin la vente à prix unique.
Trouvé ce chant à la plastique séduisante dans la Pléiade qui rassemble les poèmes de Queneau. 1700 pages de poésie ! N'oublions pas que m'sieur Raymond fut d'abord poète et le resta jusqu'au bout, avec une douzaine de recueils publiés.
Chêne et chien, le roman en vers lu ici le mois dernier, faisant partie d'un recueil intitulé Si tu t'imagines, où il voisine avec deux sous-recueils, Les ziaux et L'instant fatal, une relecture de ceux-ci s'imposait.
À côté de morceaux archi-connus («si tu crois xavaxa / va durer toujours /fillette fillette / ce que tu te goures»), je retrouve les deux ou trois poèmes appris par cœur dans ma studieuse jeunesse :
les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille
les eaux de mer, d'océan, les eaux d'étincelles
nuitent le jour, jurent la nuit
chants de dimanche à samedi...
Pourquoi les appris-je ? Par amour, ou pour apprendre à les aimer ? Il est vrai que les poèmes de Queneau sont souvent ardus, voire impénétrables. On apprécie les éventuels commentaires de la Pléiade, qui est aux éditions courantes ce que le vélo électrique est au simple biclou.
Je suis frappé, en les relisant si longtemps après, par la noirceur de nombreux poèmes — il est vrai qu'on est alors dans les années de guerre.
À quarante ans Queneau se sent vieux !
Ma jeunesse est finie
Ma jeunesse est partie
Je reste sur le cul
avec quarante ans d'âge
J'ai pris le pucelage
de la maturité
Me voilà qui grisonne
me voilà qui bedonne
je tousse et je déconne
déjà déjà déjà...
La mort (l'instant fatal) est très présente, mais ce n'est pas elle qui effraie le poète :
Je crains pas ça tellment la mort de mes entrailles
et la mort de mon nez et celle de mes os
Je crains pas ça tellment moi cette moustiquaille
qu'on baptisa Raymond d'un père dit Queneau
Je crains pas ça tellment où va la bouquinaille
les quai les cabinets la poussière et l'ennui
Je crains pas ça tellment moi qui tant écrivaille
et distille la mort en quelques poésies...
Ce qu'il craint, c'est «le malheur le deuil et la souffrance / et l'angoisse et la guigne et l'excès de l'absence».
Ce qui rend ces poèmes inusables, comme flambant neufs, c'est cette alliance de déprime et de rigolade, de comique jouant avec l'angoisse. Pas rassasié, je reviendrai un de ces quatre courir les rues, battre la campagne avec ce bon M. Queneau, en écoutant son chien jouer de la mandoline.
![]() Queneau |
Et la page du pastiche ? Voilà ! Ça vient ! Nous accueillons ce mois-ci les princes incontestés du genre, Charles Müller et Paul Reboux.
Ils publièrent ensemble, entre 1900 et 1914, soixante pastiches en trois volumes. Müller une fois mort au combat, Reboux continua seul avec vingt-trois autres victimes, mais les critiques du temps déclarèrent que son travail en solo faisait apparaître le grand talent de Müller...
Le succès des travaux du tandem, à l'époque, fut énorme. Leur À la manière de... est devenu un classique et le choix de quarante auteurs réédité par Grasset en deux volumes dans les années soixante (quarante seulement, hélas, la moitié de l'ensemble) se vend toujours, semble-t-il.
Les deux compères n'ont pas volé leur gloire. Certaines pages sont de purs bijoux, d'une drôlerie ravageuse (elles recourent sans complexe à la pornographie, à la scatologie) et en même temps d'une extrême finesse dans l'imitation. C'est par moments aussi beau que les œuvres du pastiché — en plus concentré encore.
Leur Racine est célèbre :
Elle aspire à ma pompe, et captivant mes soins,
Satisfaire avec moi ses superbes besoins...
«Rédemption» de Tolstoï aussi, mais c'est sans doute en poésie qu'ils touchent au sublime. Ah ! leur Baudelaire ! Leur Jammes, avec les petites fleurs bleues poussant entre les doigts de pied du facteur ! Leur Verlaine :
L'odeur que laissa tout de go
L'impur, chère, et rare délice
Des mains butinant ce calice
Frisé, d'où monte un vertigo.
Et leur Mallarmé, mon préféré ! N'osant citer ici «Orgueil du grand sitôt en extase cabré...», afin d'épargner les plus chastes volkonautes, je me rabats sur le second sonnet (livré avec sa traduction en français) :
Quand le vaticinant erratique, au larynx
Dédaléen, divague en sa tant dédiée...
Les trois extraits cités de mémoire, moi qui oublie tout.
![]() Une autre édition. |
Au cinéma ?
La Norvégienne Anja Breien, qui vient de partir filmer l'autre monde, nous laisse un très beau triple film : Wives. Trois femmes à trois âges de leur vie. Dans Wives 2, à quarante ans, elles sont aussi flambantes, émouvantes et drôles qu'à trente (Wives 1). Le resteront-elles dans Wives 3 où elles arrivent à la cinquantaine ? On est impatient de l'apprendre.
Juste une illusion, d'Olivier Nakache et Éric Toledano, encore un très bon film français : un couple en bisbille, deux frères qui se chamaillent, les émois adolescents montrés avec tendresse et justesse, ne boudons pas notre plaisir.
Dead man's wire (La corde au cou) thriller puissant, original, dérangeant, Gus Van Sant en pleine forme.
Le tout jeune Curry Barker, lui, on ne sait rien de lui, mais Obsession, son premier film, fait d'ores et déjà de lui un grand. Non seulement cette histoire d'horreur, qui fait vraiment peur, est écrite et filmée avec une maîtrise à couper le souffle, mais rien dans cette horreur n'est gratuit, tout appelle à méditer. La jeune possédée, Inde Navarrette, à la fois bourreau et victime, est prodigieuse.
Le plus beau — mais la concurrence est rude —, c'est Nous l'orchestre, de Philippe Béziat. Roi du film musical, il a passé un an avec le Philharmonique, filmant concerts et répétitions et interviewant les musiciens. C'est à la fois hautement pédagogique et enchanteur. Le jeune chef permanent, Klaus Mäkelä, encore un possédé, prodigieux lui aussi. Et la musique plus belle que jamais. (Les Stravinsky du début !)
![]() Obsession |
Ces Brèves ont commencé dans la Bible, elles se referment avec le bon Dieu. Il y a une vingtaine d'années, le dimanche matin, du côté de la vallée de Chevreuse, j'ai quelquefois dépassé à vélo une troupe nombreuse de jeunes menés par des curés soutaneux : les jeunesses intégristes ! Ils marchaient vers Chartres en chantant leurs cantiques si fort qu'ils ne m'ont pas entendu bramer l'Internationale.
J'apprends que le nombre de jeunes pèlerins, depuis, a doublé ! C'est à désespérer de l'espèce humaine. Mais faut-il s'étonner ? L'extrême droite est furieusement tendance de nos jours. Nos médias sont pour moitié aux mains d'un homme aux convictions ultra-réactionnaires qui travaille dur à nous les imposer. En fait ce qui m'étonne, me scandalise, c'est que cet homme dur comme la pierre, dont le cœur ne fond qu'en baisant la main souillée de sang d'une groupie de Poutine, se prétend chrétien, grands dieux ! Alors que tout, en lui, insulte le message évangélique ! Tâchons d'en rire : les valeurs chrétiennes, aujourd'hui, sont le plus souvent incarnées par des mécréants, et si Jésus revenu parmi nous croisait Bolloré, il lui foutrait son poing dans la gueule.
![]() Défenseurs de la Foi. |
En juillet ? Vuillard, Heaney, Kadaré, Malafekas et le R.P. Savertue, Deo gratias !
![]() Philémon et son âne |
(réponse sur le numéro de la citation...)
Mais si dire est pénible, encor bien plus se taire.
Un philosophe grec répartissait les gens en deux groupes : celui des points d'exclamation et celui des points d'interrogation. Un «point d'exclamation» est quelqu'un qui ne fait pas d'erreur pour la seule raison qu'il se considère infaillible. Prends garde à ces gens, tiens-t'en toujours aux points d'interrogation !