BRÈVES

N°270 Avril 2026



Nous avons donc élu nos maires. D'un camp à l'autre, personne n'est gravement déçu, personne ne se réjouit fort non plus. Ce qui nous importe, à nous gens de gauche, et il faudra s'en contenter : le pays résiste encore un peu, plutôt mollement, à la peste brune, et Paris n'est pas tombé aux mains d'une horrible mégère LR.

Dans ma bonne ville de Chèvres, tout est en ordre : après une campagne sérieuse et sans mensonges, notre liste écolo a pris une gamelle, balayée par deux listes droitières moins raisonnables, moins crédibles, mais soutenues par les bourges des coteaux. Quelques LFIstes ont voté pour nous au second tour, ne désespérons pas de ces gens-là.


Merci, chers Parisiens !
Ouf, sauvés !

*


Il votait pour qui, André Dhôtel ? Je ne sais même pas s'il votait. Je l'imagine plus proche des Verts que des rouges, des bleu-blanc-rouge ou des bruns, mais ses histoires sont muettes là-dessus. Après tout, j'ai lu une quarantaine de ses livres sans y trouver d'allusion à son catholicisme fervent. N'est-ce pas mieux ainsi ? Son amour pour la nature fleurit à chaque page, et sa foi est là elle aussi, une foi nue, dévêtue de tout dogme, sans objet précis, une lumière diffuse qui baigne tout ce qu'il écrit.

Encore Dhôtel ! dira-t-on. Michel, tu radhôtes ! Mais qu'y puis-je, si le disparu ne cesse de réapparaître ? Après le très bel hommage de la revue Europe en août dernier, voici celui, non moins riche, de l'excellent Matricule des anges. Onze pleines pages, avec en particulier un long entretien avec le grand spécialiste Philippe Blondeau — pilier de l'admirable Route inconnue, le fan-club dhôtélien, qui publie sans arrêt bulletins et gros cahiers — et un long article, ultra-pertinent lui aussi, de Jérôme Delclos. Avec une couverture très réussie, on ne peut plus dhôtelienne (voir ci-dessous).

«André Dhôtel le fabuleux», résume fort justement la couverture du Matricule. «Notre Dickens», disait Paulhan. Handke le juge «incomparable», et plusieurs autres auteurs de premier plan, souvent plus connus que lui, sont émerveillés comme des enfants par ses livres. Alors comment se fait-il que les deux tiers de cette œuvre majeure soient actuellement inaccessibles, alors qu'elle mériterait au moins une intégrale en Bouquins ? Pour le dire autrement, pourquoi ces histoires si simples d'accès, si évidentes à première vue, sont-elles davantage goûtées par les écrivains que par le grand public ?


Dessinée par Julie Faure-Brac
La couv en question.

*


Je ne crois pas qu'il y ait eu de contacts entre Dhôtel et un autre de mes grands hommes : Jacques Lacarrière. Ils avaient pourtant des points communs : la liberté, la nature, la vadrouille à pied, la Grèce... Il est vrai que Lacarrière a davantage célébré les paysages, les monuments, les figures du passé que les écrivains de son époque.

Autre point commun : leurs inédits, qui ne tarissent pas. Les éditions Jacques Brémond ont exhumé l'an dernier, sous le titre Borobudur, quelques pages de Lacarrière où il revit sa découverte du fameux temple bouddhiste à Java. Un édifice colossal, au-delà du beau et du laid, que l'éditeur aurait pu montrer, au lieu de cette photo moche où l'auteur ne se ressemble même pas.

Lacarrière a beaucoup observé mais aussi beaucoup lu, il décrit minutieusement ce qu'il voit mais aussi ce que cela signifie, et prend soin d'allier à la description et l'interprétation son propre cheminement intérieur. Les précieuses lignes qui suivent sont du Lacarrière le plus pur :


Me voici donc insecte pèlerin, bourdon pansu (mais aussi pensant) butinant de bas-relief en bas-relief le nectar des sagesses enfouies. Posément et pensivement, sans ivresse mystique et sans transe inutile. Oui, une élévation progressive, une accession, une admission au parvis des sérénités. Et ce, dans la montée des senteurs d'aube, l'hosanna des rumeurs forestières. Et le premier accueil des colibris.


Avant cette belle fin, non moins lacarriérenne :


Gravir lentement les terrasses en méditant devant les bas-reliefs, accéder aux stupras supérieurs et contempler d'en haut le lever du soleil aura été pour moi plus qu'un moment privilégié : une rencontre avec l'invisible énergie et la sereine beauté du monde.


Il est vrai que Dhôtel, lui, au lieu de ces impressions solennelles, nous aurait raconté les mauvaises herbes au pied du monument, comme il fait en redescendant du Parthénon...


Étrangeté absolue.
Borobudur.

*


Après ces deux figures familières, quelques nouveaux venus — il faut de tout pour faire des Brèves.

Un pas de deux, de Javier Santiso (Gallimard, 2023). Encore un roman adossé à des personnages et des faits réels. Edward Hopper, le célèbre peintre américain, nous est raconté par sa femme, qui souffrit longtemps dans son ombre. Elle a laissé un journal dont le romancier s'est inspiré, on aimerait savoir à quel point.

Car c'est un bien curieux livre. L'œuvre du peintre et son pouvoir hypnotique y sont analysés avec justesse et même brio :


Des couples qui n'en sont pas, des hommes qui se cherchent, des femmes qui se perdent, tous prisonniers, piégés dans leurs vies étriquées. Tous ont ce regard perdu, des pensées qui tournent en rond ou qui fuient quelque chose, comme si déjà la mort était à leurs trousses.


Dans les toiles de Hopper,


tout est décalé, comme nos vies, rien n'est vraiment à sa place, les rues sont désertes, les lumières artificielles, les verts trop verts, (...) et tout cela au milieu de ce silence si violent, qui crève les tympans, ce vide tellement sauvage...


Ce qui gêne, c'est justement ce brio, qui déton(n)e dans un tel contexte. Pour évoquer l'œuvre magiquement mutique et figée du peintre, l'auteur adopte une écriture flamboyante, une gesticulation stylistique débridée, un déploiement exubérant d'images. C'est souvent superbe, parfois raté, et toujours déplacé.


Un nouveau jour que l'on crève, que l'on cravache, une embardée à même la croupe. L'adrénaline se défait dans la poudreuse des heures, les minutes hennissent, elles lâchent leurs crinières, même le vent s'emballe.


Cueilli à froid, subjugué par les premières pages, j'ai peu à peu commencé à ployer sous ce déluge de crème chantilly. D'autant qu'il manque une progression dramatique à ce roman, qui se maintient dans un paroxysme permanent, étouffant.

L'auteur, Javier Santiso, surdoué franco-espagnol, traduit par ailleurs Christian Bobin en castillan ; la prose embaumée de celui-ci, aussi horripilante qu'admirable, lui a visiblement tourné la tête. (Dangereux métier.) Sauf qu'avec lui la température passe de 38° à 39°5. Je me dis que je pourrais peut-être continuer de lire ce Bobin survolté à raison d'une page par jour, mais où reprendre ma lecture ? Où me suis-je arrêté, épuisé ?


1953.
Office in a small city.

*


Paroxysme encore chez Christine Pawlowska, mais d'un tout autre genre. Française malgré son nom (un pseudo), née en 1952, elle n'a écrit qu'un livre, Écarlate, à dix-huit ans, autobiographique, tel qu'on ne peut en écrire qu'à cet âge-là : une confession qui vibre de douleur d'un bout à l'autre, un concentré de révolte.


Je ne suis pas une grande personne. Mon Dieu, mon Dieu, je ne veux plus grandir. Je ne veux pas devenir raisonnable, ni calculatrice, ni économe de ma tendresse. Je ne veux pas me conserver à moi-même ni rancir dans de vieilles passions rassises. Je veux rester dans ma folie et aimer comme on s'enivre jusqu'à ce que mort s'ensuive. Je veux garder ma violence.


La jeune fille est déchirée — ou plutôt nouée, étranglée — par deux forces divergentes :


Peu à peu, je commençais à détester ma mère. Je ne peux pas dire que je ne l'aimais plus, car plus je la haïssais, plus je m'ingéniais à lui faire mal, et plus je sentais monter en moi un sentiment de religieuse admiration, une insupportable tendresse que je m'efforçais de tuer.


Pathologie classique, dira-t-on ; sans doute, mais celle-ci est incandescente, et d'une pureté de diamant. La préfacière, Blandine Rinkel, résume on ne peut mieux :


C'est classique et frais, naïf et raffiné, brutal et sophistiqué : ça fait trembler.


Ce livre nous secoue, dit-elle aussi, et réveille la part ardente en nous. Écarlate frappa les esprits en 1974, fut oublié on ne sait pourquoi, et ressuscite aujourd'hui aux éditions du Sous-sol. Son auteure, elle, s'est bientôt éteinte, sombrant dans le silence et une vie de soumission avant de mourir jeune encore. On est curieux de lire le livre de Pierre Boisson, Flamme, volcan, tempête, qui raconte ce destin à la Rimbaud.


Tourments bien dissimulés...
À l'âge d'Écarlate.

*


La désinvolture est une bien belle chose, aux éditions Mialet-Barrault, raconte aussi un suicide — un vrai cette fois.

Saint-Germain-des-Prés vers 1950. Juste après les existentialistes. Une bande de jeunes que l'un d'eux décrira ainsi :


La plupart sont sans but et sans espoir. Ce sont des inexprimés, des inadaptés pour qui le Quartier représente le dernier refuge contre une société à l'intérieur de laquelle ils ne peuvent respirer et vivre.


Parmi eux, une fille belle et fière à qui la vie semblait sourire malgré tout et qui se jette un matin par la fenêtre. Soixante-dix ans plus tard, l'écrivain Philippe Jaenada intrigué cherche à savoir pourquoi, fouille toutes les archives possibles, traque tous les survivants, un gigantesque travail de fourmi qu'il nous relate par le menu, c'est vertigineux. D'autant qu'en plus de reconstituer les événements passés, cet inépuisable raconteur des autres et de lui-même se met en scène en train de mener l'enquête. Un sacré personnage, ce Jaenada, plutôt sympathique, en plus d'être un conteur passionnant.

Un gros pondeur aussi, mais on lit d'un trait ce pavé débordant de personnages, grouillant d'histoires, tourbillonnant. Ces jeunes rebelles, excentriques, déconneurs, libres, superbes — avant que la plupart finissent lamentablement —, le chroniqueur nous les rend profondément attachants :


Les jeunes gens qu'on voit là, dans ce bar exigu ou errant dans les quelques rues alentour, me bouleversent, je ne sais pas comment dire, ils me touchent, m'enchantent et me désespèrent, j'ai envie de les prendre dans mes bras, tous ensemble. (Ce n'est pas possible.) Il me semble à la fois les connaître, depuis longtemps, et découvrir une société inconnue.


Je l'ignorais : les autres romans-essais de Jaenada, où il enquête sur des affaires ou des personnages hors du commun (Sulak, La serpe, La petite femelle, Au printemps des monstres...) lui ont apporté une solide notoriété, qu'à en juger par ce livre-là, il n'a pas volée.


Peu avant la chute mortelle.
L'héroïne.

*


Retour à un autre gros bouquin : les œuvres du tandem Borges-Bioy Casares (cf. les Brèves du mois dernier). Dans la seconde partie du livre, deux scénarios (Les banlieusards et Le paradis des croyants) et deux recueils de textes brefs : les Chroniques de Bustos Domecq (1965) et les Nouveaux contes de Bustos Domecq (1977). Les deux compères, là encore, parodient allègrement divers genres.

Les fausses chroniques littéraires du premier recueil, avouons-le, sont d'un abord perplexifiant. Les Argentins lettrés de l'époque ont dû se régaler de toutes ces fines mises en boîte, mais le lecteur étranger a l'impression d'atterrir dans une soirée où de joyeux inconnus échangent blagues et allusions codées. Même si l'on savoure ici aussi l'humour pince-sans-rire et les métaphores excessives, genre «une brèche ouverte dans la muraille de Chine de notre incurie».

Dans les Nouveaux contes, on retrouve mieux les moments jouissifs des Six problèmes, le style dérisoirement fleuri, la cuistrerie flamboyante, le cynisme élégant. Certaines histoires sont proprement géniales, «Pénombres et pompes» notamment, avec son personnage d'escroc magnifique.

Les traductions (Margot Nguyen Béraud, Françoise-Marie Rosset, Eduardo Jiménez) paraissent excellentes, et le lecteur n'oublie pas que la possession de ce volume lui donne, à peu de frais, l'illusion d'appartenir à une petite élite intellectuelle un peu snob, merci aux éditions Seghers.


Borges l'aîné des deux.
Tous deux, jeunes encore.

*


Les parodies, c'est fendard — ah bon, ça ne se dit plus ? Les parodies sont hilarantes, ça va comme ça ? Quittant celles du prestigieux tandem argentin, je suis repris par un vieux projet : dérouler ici même, de mois en mois, une guirlande de pastiches célèbres. Pour se fendre la pêche d'abord — mais pas seulement.

Et l'on commence avec le prince des pasticheurs : Marcel Proust, et ses grandioses Pastiches et mélanges.

En ce temps-là, un nommé Lemoine fut condamné pour avoir fait croire qu'il savait fabriquer de faux diamants. C'est cette histoire de faussaire dont Proust, faussaire génial en l'occurrence, confie le récit à MM. Balzac, Flaubert, Sainte-Beuve, Régnier, Goncourt, Michelet, Faguet, Renan et Saint-Simon. (À quoi s'ajoutent, restées inédites alors, les contributions de Chateaubriand, Maeterlinck et Ruskin.)

Ces faux-là sont de purs diamants. Le mimétisme est d'une perfection troublante. Il y a cinquante ans, j'avais surtout été frappé par le Flaubert :


...l'avocat de Werner prononçait sa plaidoirie. Il avait débuté sur un ton d'emphase, parla deux heures, semblait dyspeptique, et chaque fois qu'il disait «Monsieur le Président» s'effondrait dans une révérence si profonde qu'on aurait dit une jeune fille devant un roi, un diacre quittant l'autel. Il fut terrible pour Lemoine, mais l'élégance des formules atténuait l'âpreté du réquisitoire. Et ses périodes se succédaient sans interruption, comme les eaux d'une cascade, comme un ruban qu'on déroule.


(Parenthèse : l'article de 1919 «Sur le style de Flaubert» est l'une des lectures les plus nécessaires pour tout ouvrier des mots.)

Cette fois, le Balzac me paraît plus prodigieux encore. Quant au Saint-Simon, non moins étourdissant, sa longueur terrifiante (alors que d'habitude une page ou deux suffisent au pasticheur) montre avec une insistance qui pousse notre jubilation jusqu'au malaise que pour l'auteur, dont le sens de l'humour est bien connu par ailleurs, le pastiche, c'est bien plus que la rigolade.

Les pastiches sont tous rédigés en 1908, alors que Proust, avant de se lancer dans la Recherche, se cherche encore. Ce sera pour lui un exercice préliminaire à sa création personnelle. Il écrit dans une lettre :


Le tout était surtout pour moi une affaire d'hygiène ; il faut se purger du vice naturel d'idolâtrie et d'imitation. Et au lieu de faire sournoisement du Michelet ou du Goncourt en signant (ici les noms de tels ou tels de nos contemporains les plus aimables), d'en faire ouvertement sous forme de pastiches, pour redescendre à ne plus être que Marcel Proust quand j'écris mes romans.


Au sujet du pastiche de Renan, il écrit ailleurs : «J'avais réglé mon métronome intérieur à son rythme». Le rythme : les fondations de la maison.


...que lui aussi sera pastiché un jour.
Marcel songeur, se disant...

*


froid dedans

froid dehors

j'écris pour me réchauffer


une adresse illisible

sur un bout de papier

c'est tout ce que j'ai


la journée parfois est belle

rien qu'à changer

l'eau des fleurs



Non, ce ne sont pas des pastiches de haï-ku que Christian Ducos réunit dans Entre sandales usées et bonnet fatigué (Le pauvre songe), mais des poèmes français. Les trois vers brefs sont là, mais pas la stricte métrique originelle. L'esprit du haï-ku japonais, lui, demeure : l'alliance de l'infime et de l'immense, de l'impression fugace et de la méditation lente. L'humble quotidien transfiguré.

De Christian Ducos encore, à ses éditions du Pauvre songe toujours, un recueil d'un genre différent. Devant l'image rassemble des œuvres picturales ou des sculptures très diverses, allant des peintures de Lascaux, du Tassili et du Fayoum à Rothko, de Staël et Twombly en passant par Vermeer, Chardin, Manet, Monet, Cézanne, Klee, Klimt, Hopper, Bonnard, Braque, et j'en passe. Chaque image est accompagnée d'un poème qui s'en imprègne et lui répond.

Genre périlleux : la paraphrase menace, mais le poète nous rassure, déployant à chaque page des trésors d'intuition, de finesse ; sa voix douce et dense entoure l'image d'un halo qui aide à mieux la voir, tout en poursuivant la méditation des recueils précédents sur l'art et la vie.

J'aime la voix songeuse et recueillie de Christian Ducos, je m'étonne de ce qu'il soit trop peu connu, et je me réjouis de ce que le seul poète français à m'envoyer ses livres soit aussi l'un de ceux dont je me sens le plus proche.

Allez, encore quelques vers, sur une peinture rupestre du Tassili :


Peinture rupestre certes

Presque du fond des âges

Mais tellement moderne

Tellement intemporelle

Car tout est là


De la perspective.

De l'énergie.

De la vie.


Une sorcellerie.


Elle en pose, des questions...
La peinture rupestre en question.

*


On reste dans les images ? Depuis le mois dernier les Brèves s'achèvent sur un dessin d'un des géants de la BD : Othon Aristidès, connu sous le nom de Fred.

Fred est l'auteur désormais légendaire des aventures du jeune Philémon et de son âne, dont les voyages étrangisssimes occupent seize volumes. On a rarement vu une telle joyeuse débauche d'imaginaire. Je les ai tous dévorés.

Lorsqu'il y a soixante ans j'ai découvert son opus 1, Le petit cirque, dans feu Hara-Kiri, j'ai été peu sensible à ces petites histoires sinistres et à leur noir et blanc cafardeux. Retrouvant aujourd'hui Le même Petit cirque, je reste sans voix. La plaine lugubre et sans fin où marchent l'homme (un rustre), sa femme (elle tire la roulotte) et leur fils, confrontés à des êtres bizarres, à des situations cruelles — on se croirait presque dans En attendant Godot —, et ce dessin faussement gauche, d'une force inouïe, tout cela dégage une poésie noire, à la fois drôle et déchirante. Les petits crobards d'un jeune inconnu dans Hara-Kiri étaient un chef-d'œuvre qu'alors je n'ai pas su voir.


Fred lui-même préférait ce coup d'essai à tout ce qui a suivi.
Alors ? J'exagère ?

*


Au cinéma, mois faste, à l'inverse des précédents !

Un docu russe, Mr Nobody contre Poutine, qui montre l'endoctrinement actuel dans une école de province. Le niveau de la propagande est si atterrant que cela en devient parfois carrément drôle. Ironie du sort : ces images férocement dissidentes ont été commandées à Pavel Talankin par Poutine lui-même, à des fins de propagande !

Un film américain, The mastermind, de Kelly Reichardt, son plus récent, égal aux précédents. Cette fois, c'est le genre du film de casse qu'elle revisite et renouvelle avec sa finesse habituelle.

Deux petits films français, Baise-en-ville de Martin Jauvat et Alter ego de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, tous deux originaux, astucieux, savoureux, avec, dans le second surtout, des acrobaties de scénario on ne peut plus jouissives.

Enfin, deux grands films également de chez nous — grands au moins par le budget.

Les rayons et les ombres raconte l'histoire vraie d'un patron de presse français et d'un Allemand idéalistes que le nazisme et la guerre changeront peu à peu en collabos, air connu. La transformation des personnages est bien analysée, Jean Dujardin et la jeune Nastya Golubeva sont parfaits, et le réalisateur Xavier Giannoli nous en met plein la vue avec un luxe de décors et de scènes spectaculaires. Suis-je le seul à trouver le tout un peu insistant, complaisant ? Encore un film qui me fait aimer Bresson.

Dans Maigret et le mort amoureux, l'excellent Pascal Bonitzer fait le job sans esbroufe, avec son intelligence habituelle, aidé par ses acteurs, dont Denis Podalydès, qui réussit à nous faire oublier qu'au départ il n'est pas du tout Maigret...


Excellente elle aussi, comme toujours.
Denis Podalydès et Anne Alvaro

*


Damned ! L'inimitable Glen Baxter est mort...


... Retour à la normale (Hoëbeke).
On peut lire de lui, en français...

*


On annonce pour le mois de mai MM. Queneau, Fleury, Pouchet, Powell, Saer et Zamiatine. Salade russe, comme d'hab.



Avec le bonjour de Fred.
Philémon et son âne








SITATIONS

Savez-vous de qui sont ces phrases ?

(réponse sur le numéro de la citation...)


1


Une vérité clairement comprise ne peut plus être écrite avec sincérité. Le poète qui a compris par l'intelligence ce qu'il veut écrire est comme un homme qui jouerait la surprise pour ce qu'il sait très bien.


2


Il est admirable de constater que les troubles qui sont venus d'un lieu infime et éphémère ont finalement ébranlé l'ordre du monde.








*  *  *