BRÈVES

N°262 Août 2025



J'imaginais les vieillards plutôt blasés, usés, grincheux. L'une des surprises heureuses de mon grand âge : ces poèmes, ces proses, ces films, ces musiques surtout peut-être, que je retrouve encore plus beaux que dans ma jeunesse.

Les déceptions, à vrai dire, sont toujours à craindre. Ce mois-ci, par exemple, Les caractères de La Bruyère, lus au temps de mes études sans passion excessive et découverts plus tard. À cinquante ans, je m'en régale et m'extasie dans les Brèves d'août 2008. Pendant des années je me promets de retrouver ce trésor un jour. Aujourd'hui, dix-sept ans après, je rouvre les Caractères... et je déchante. La magie s'est diluée. J'apprécie encore certains portraits célèbres, d'une froide férocité, les flèches lancées contre les riches et les puissants :


Rien ne fait mieux comprendre le peu de chose que Dieu croit donner aux hommes, en leur abandonnant les richesses, l'argent, les grands établissements et les autres biens, que la dispensation qu'il en fait, et le genre d'hommes qui en sont le mieux pourvus.


Peu original, mais si juste ! En même temps cependant, de page en page, je me heurte à un personnage peu amène. Un ronchonneur, un père-la-pudeur qui s'offusque devant Marot et Rabelais, «inexcusables d'avoir semé l'ordure dans leurs écrits».

Il méprise Ronsard !

Son étouffante bigoterie confine à la sottise :


L'impossibilité où je suis de prouver que Dieu n'est pas me découvre son existence.

Si toute religion est une crainte respectueuse de la Divinité, que penser de ceux qui osent la blesser dans sa plus vive image, qui est le Prince ?


Lécheur avec ça, comme tous ses contemporains.

J'entends trop chez lui l'étroitesse d'esprit de son temps, la petitesse cachée de ce Grand siècle admirable et désolant, somptueux et sinistre. Quant à ce que j'admirais ici même naguère,


l'aisance à porter les plus longues phrases en faisant oublier leur poids, ce balancement harmonieux, ces progressions graduées et ces brusques pointes, ces amples mouvements, ces formules ramassées, toute cette rhétorique au meilleur sens du terme,


je ne la sens plus, sans savoir pourquoi. La longue phrase de La Bruyère, machine complexe aux rouages subtils, me montre surtout son artifice et sa lourdeur.

Michel, tu me choques, dit Volkovitch. Tourner le dos à un tel monument !

Il a raison. Effrayé par mon audace, je cherche fébrilement une page montrant le grand homme sous un jour moins rébarbatif. Tiens, celle-ci, à la gloire de certains artistes :


Ils sortent de l'art pour l'ennoblir, s'écartent des règles si elles ne les conduisent pas au grand et au sublime ; ils marchent seuls et sans compagnie, mais ils vont fort haut et pénètrent fort loin, toujours sûrs et confirmés par le succès des avantages que l'on tire quelquefois de l'irrégularité.


Ouf ! Voilà qui le rend nettement plus attachant.

Ces êtres d'élite, il les oppose aux esprits «justes, doux, modérés», qui «demeurent tranquilles dans l'étendue de leur sphère», qui «ne peuvent au plus qu'être les premiers d'une seconde classe, et exceller dans la médiocre». Est-ce un autoportrait ?


À quarante-huit ans.
Jean de La Bruyère (1645-1696)

*


Qui craint la déception est indigne de lire. Prenons des risques et ouvrons un roman de l'année, dont l'auteur est fort peu connu : Lettres modernes de François Souvay, chez Champ Vallon.

Un roman épistolaire ! Pourquoi pas ? Cette forme vintage convient à une histoire qui ne l'est pas moins. Dans une fac de province paisible, quelques étudiants hautement cultivés (cela se passe il y a quarante ans) devisent gentiment par écrit, racontant leurs amourettes, leurs expériences culturelles (livres, films, musiques) et leurs divers états d'âme. L'intrigue (autant que je me souvienne) est quasiment inexistante et les personnages idem (ils ont tous la même voix).

Voilà un livre utile en ce qu'il donne un tas de tuyaux de lecture à ceux qui voudraient frimer dans les soirées intello ou sur Internet : ces bons jeunes gens un peu snobs, un peu cuistres, ont l'art d'exhumer des auteurs oubliés, genre Jean de Tinan ou Swinburne.


J'ai pu visionner ainsi Francisca, d'un certain Manoel de Oliveira, qui m'a plu au-delà de ce que je pourrais exprimer, bien que la copie fût charbonneuse au point que l'on pense parfois à de la peinture en clair-obscur. Mais c'est bien sûr cette difficulté à suivre le film qui me l'a rendu si précieux. Je recopie ici cette réplique magistrale de la douloureuse héroïne : «Je t'aime, José Augusto. Je t'aime comme Dieu aime les pécheurs.» Quel dialogue ! Le roman dont s'inspire le film, d'une certaine Augustina Bessa-Luis, est paru en 1979 et ressemble à un pastiche d'une œuvre du dix-neuvième siècle.


(Oliveira, très bon plan, je confirme.)

On est en droit d'aimer l'élégance discrète de l'écriture, le côté volontairement suranné de l'ensemble et son auto-ironie bienvenue (cf. le titre) qui font de ce roman une sorte d'auto-pastiche, aussi facile à lire qu'à oublier.

Au fond, suis-je déçu ? Même pas.


Couverture vintage, elle aussi.
L'illustration est de l'auteur lui-même.

*


Je ne sais qui m'a aiguillé vers Lettres modernes (l'article du Matricule des anges ?), mais je n'ai eu besoin de personne pour courir acheter Thessalonique dans le flux des vivants et des morts de Jil Silberstein (La baconnière).

Thessalonique, ville tant aimée, presque une mère pour moi, presque un second lieu de naissance. Que va-t-il en dire, cet inconnu, non répertorié au catalogue des hellénistes et philhellènes francophones ?

Il a mon âge, a travaillé dans l'édition, a traduit, a écrit, beaucoup voyagé, allant jusqu'à vivre un an au Québec dans une tribu qu'on n'ose plus appeler indienne. Un homme passionnant, qui au soir de sa vie décide de consacrer un mois entier à Thessalonique. Pourquoi cette ville et pas une autre ? Il n'y connaît personne. Le fait d'être juif est une excellente raison, quand on sait que la ville, pendant des siècles, fut plus juive que grecque, mais pourquoi ne l'annonce-t-il pas dès le début ?

Son projet ? Un «dialogue» avec la ville. «Faire le point». Il est ici question


de l'histoire d'un homme et de l'histoire d'une ville. De leurs histoires parallèles, perçues par l'homme que hante le destin de cette ville aimée tout en s'interrogeant sur son propre parcours...


Le sujet, hélas, n'est que vaguement traité. Le lecteur profane en saura davantage sur l'histoire de la ville et ses monuments, mais le contact avec ce qu'elle est aujourd'hui, ses habitants, son âme, reste limité. L'auteur ne connaît pas le grec d'aujourd'hui — l'ancien seulement — et va jusqu'à s'en féliciter stupidement.

Le héros de l'histoire, plus que la ville, c'est lui, qui truste le devant de la scène, explorant «[son] intime rapport à l'existence». Il est venu, dit-il, faire le vide, et se récure un peu longuement le nombril devant nous en exposant complaisamment sa lutte contre «la tyrannie de [son] moi», lequel n'est pas ce qui nous passionne en premier.

On ne goûtera même pas aux délices d'une belle prose. La sienne macaronise un peu par moments. Le titre, avec son «flux» bizarre, annonçait déjà la couleur.

J'aurais pourtant aimé savoir ce qu'elle devient, ma vieille mère, que j'ai assez bien connue il y a quarante ans, que je ne reverrai sans doute plus. Dans quelle mesure a-t-elle changé ?

Ce que ce livre décevant me laissera, c'est un menu plaisir égoïste : voir sortir de la tombe un fantôme, mon anthologie des poètes de Thessalonique parue en 90 dans la revue Tram ! (Quelle aventure ce fut...) Silberstein a découvert ces poètes grâce à elle, dont il a été l'un des très rares lecteurs. Mieux encore : il prend pour guide spirituel dans son voyage («pour Virgile», déclare-t-il en toute simplicité) mon cher Yòrgos Ioànnou, qu'il a connu par moi, et l'un des livres dudit, dans ma traduction, est son «talisman» !

Merci à mon cher confrère pour l'occasion qu'il me donne de glisser une page de publicité :

Thessalonique est abondamment présente au Miel des anges avec trois recueils de nouvelles de Ioànnou (On a sa fierté, Le sarcophage, Le seul héritage) les cinq poètes réunis dans Poètes de Thessalonique et une autre anthologie, Thessalonique en prose, à paraître cet automne.


Les restes du passé ne sont pas toujours aussi visibles...
La ville en résumé.

*


Déception aussi, mais d'un autre ordre, avec Pierre Rabhi.

Non, son livre majeur, Vers une sobriété heureuse (Actes Sud, 2010), n'est pas en cause. Cette bible, qui ne s'adresse pas aux seuls écolos, mais à toute personne qui réfléchit, tient largement ses promesses. L'auteur, né pauvre dans un pays pauvre, devenu ouvrier, puis paysan, écrivain, conférencier, sait de quoi il parle. Il résume clairement la catastrophe vers quoi nous courons :


Les cultures traditionnelles, régulées par la modération qui y est une attitude naturelle et spontanée («nous appartenons à la terre»), font place aux civilisations de l'outrance («la terre nous appartient»), responsables de leur propre éradication.


Il ne nous appelle certes pas à tout laisser tomber pour vivre dans l'ascèse en travaillant une terre ingrate, comme il le fit. Il invite seulement chacun à consommer un peu plus sobrement. Son livre se lit tout seul, fermement écrit, avec en prime, surprise ! de belles images, comme


Comment ne pas douter d'une civilisation qui a fait de la cravate le nœud coulant symbolique de la strangulation quotidienne ?


Qu'il recoure aux images, quoi de plus normal ? S'il s'adresse à la raison, il a en même temps un rapport matériel, charnel, aux choses et aux mots. C'est ce qui le rend si convaincant. Et utile. Et sympathique.

Alors où est la déception ?

C'est de se dire que ce livre-là, et les centaines d'autres qui ces derniers temps vont dans le même sens, et les Terres au carré de la radio, et les pétitionnaires par millions, que tout cela ne changera rien, car ceux qui nous gouvernent sont gouvernés par les crétins qui les élisent et par des industriels et des banquiers à jamais sourds et aveugles au réel.


Les écolophobes, ces ringards, devraient aller se rabhiller !
Il a l'air sobre et heureux.

*


Toutes les époques sont dégueulasses, de Laure Murat (Verdier), j'ai failli ne pas le lire : ce bon petit livre a été résumé en détail dans la presse. Une nouvelle tendance, donc, appelle à purger les textes anciens de ce qui aujourd'hui nous choque. Les Dix petits nègres d'Agatha Christie, par exemple, sont rebaptisés Ils étaient dix. Ce nouvel avatar du puritanisme, importé des pays anglo-saxons, a ses partisans fanatiques et ses adversaires non moins farouches — dont je suis. L'auteure, qui enseigne aux USA, avoue qu'elle y est


confrontée à ces conflits entre liberté d'expression, fidélité à l'intégrité d'un texte et respect d'autrui.


Tout en cherchant à calmer le jeu, elle prend tout de même clairement parti, ouf :


On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'il y a, tapie tout au fond de cette volonté de pasteurisation des livres et de surenchère révisionniste, inconsciente et tenace, une haine de la littérature.


Elle souligne judicieusement l'impossibilité de modifier les textes sans les abîmer, l'absurdité de censurer certains mots («mad», «fat» et «ugly» chez Roald Dahl par exemple, on rêve !), et la relativité de nos jugements :


Fatalement, le siècle prochain éprouvera un malin plaisir à débusquer nos aveuglements actuels.


Ses solutions au problème sont toutes simples : un texte d'introduction doit replacer le texte dans son époque, et si l'on en publie une version light, il faut que celle d'origine soit disponible ailleurs. La balle est dans le camp des éditeurs, et là je ne suis pas trop optimiste : ils feront ce que demande leur public. Or du côté des tripatouilleurs, il y a du monde. On trouve là autant de fachos de gauche que de pudibonds droitiers.

J'avoue que les seconds me révoltent moins que les premiers : associant spontanément la bêtise bornée à la droite, celle de gauche me choque et me blesse toujours plus profondément.

(À mon âge, quelle naïveté...)


On peut encore employer l'expression «roman noir» ?
Et ça, c'est permis ?

*


Notre promenade parmi les innombrables ouvrages sur Paris se devait de faire halte à Paris-Babel (Actes Sud). L'auteur, Gilles Siouffi, éminent professeur, qui sait tout sur les langues, nous y raconte celles parlées à Paris depuis ses origines jusqu'à nos jours. Sujet énorme et livre compact. La partie a priori la plus excitante pour moi, c'est la moins connue, qui précède ce que nous appelons Moyen-âge. Les Mérovingiens et tout ça, moi ça me fait rêver.

Les capitales attirant les populations les plus diverses, Paris est très tôt le théâtre d'un fourmillement, d'un bouillonnement linguistique, entre le gaulois, les dialectes barbares et le latin, ou plutôt les latins, la langue s'éparpillant en plusieurs variantes, sans compter que tout ce beau monde s'influence mutuellement.


Entre les VIe et VIIIe siècles, Paris parle donc un latin toujours plus dialectisé, chamarré et changeant, auquel se sont mises toutes les populations franques.


(Notons au passage l'écriture vive et savoureuse de l'auteur, qui rend heureux son lecteur.)

On suit la lente naissance du français, qui ne prendra son nom qu'à la fin du XIIe siècle, et ses avatars successifs, sans oublier les changements de prononciation, plus ou moins durables. Eh oui, n'en déplaise à certains, les langues ne cessent d'évoluer, qu'on le veuille ou non. Et de se combattre, souvent, en des conflits parfois tout sauf anodins. En plein XVIe siècle, un curé de campagne, qui souhaitait qu'on traduise tous les livres saints en français, est envoyé au bûcher.

Après toutes ces péripéties, une pause est nécessaire. Nous reprenons Paris-Babel le mois prochain, le XVIIIe siècle et les suivants seront chauds !


(Quel rapport avec Babel ?)
Paris, 1834.

*


Ma lecture la plus marquante ce mois-ci, je n'en parlerai pas dans ces Brèves. L'excellent livre de Michel Persitz, Juif de personne (JC Lattès), me touche pour de nombreuses raisons, dont certaines dépassent le cadre de cette rubrique. Je lui consacre donc, sous le titre «Cousinage», tout le Journal infime de ce mois.


Les parents de l'auteur, avant Auschwitz.
La couv.

*


Quant à l'autre lecture précieuse de juillet, je suis un peu gêné d'en parler.

En juin dernier, ici même, j'évoquais un poète anglais illustre de son vivant, puis désuétisé, presque oublié : Walter de la Mare.

Il survit grâce à un seul poème, le fameux «Listeners». Pour découvrir les autres, pas de traduction semble-t-il, mais une anthologie en langue originale, Selected poems, choix et préface de Matthew Sweeney, chez Faber and Faber.

Nous sommes au pays des contes et des anciennes ballades, dans des campagnes perdues peuplées de voyageurs, de chasseurs, de paysans bizarres, d'enfants étranges, d'inconnus mystérieux, d'épouvantails, de morts et de fantômes. On assiste à d'humbles prodiges, à des événements infimes que le regard change en merveilles. La neige, un insecte, une pierre brillent soudain comme un diamant. La lune vêtue d'argent marche dans la nuit en tenant haut sa lanterne.

L'enchantement est soutenu par la magie des sons. De la Mare est un musicien charmeur comme il y en a peu, un joueur de flûte de Hamelin réincarné, avec ses riches sonorités, ses vers à l'ancienne presque réguliers, subtilement irréguliers parfois, comme pour dire qu'on est tout proche d'un trésor, d'un secret, d'une révélation, qui au dernier moment doucement se dérobe.

À quoi s'ajoute la magie de la langue étrangère, car même si l'on comprend quasiment tout, des ombres subsistent, une étrangeté, une solennité.

Si je me sens mal à l'aise d'évoquer ces poèmes ici, c'est que je me sens tenu de les donner à lire, qu'en l'absence de traductions je brûle évidemment de m'y mettre — avec des rythmes et des rimes, comme il se doit, comme je le fais pour les Grecs —, et que pour une fois je m'en sens incapable. À moins d'y passer des jours et des semaines, en risquant de m'y casser le nez, et ce pour trois lecteurs, alors que pour le grec j'en ai parfois jusque dix fois plus.

Faute de mieux, en v.o., un tout petit poème sur un animal minuscule :


The fly


How large unto the tiny fly

Must little things appear ! —

A rosebud like a feather bed,

Its prickle like a spear;


A dewdrop like a looking-glass,

A hair like golden wire;

The smallest grain of mustard-seed

As fierce as coals of fire;


A loaf of bread, a lofty hill;

A wasp, a cruel leopard ;

Ad specks of salt as bright to see

As lambkins to a shepherd.


Certains recueils de nouvelles du poète sont traduits.
Illustration pour «The Listeners».

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Au rayon cinéma, soudaine abondance : huit films dans le mois, un rythme de vacances — comme si les vacances, pour nous autres retraités, n'étaient pas dorénavant perpétuelles.

Le mois restera marqué par une étrange expérience : la trilogie d'Oslo du norvégien Dag Johan Haugerud. Le premier volet, Rêves, un délice, une splendeur, un débordement d'amour et d'émotion ; le deuxième, Amour, autre régal, avec là aussi un scénario surprenant et fort, une grande richesse humaine ; et le troisième, Désir, pas mauvais, non, mais décevant après les deux autres, bavard, tournant un peu à vide.

Puis deux films brillamment déjantés : L'accident de piano du trublion en chef, Quentin Dupieux, dont l'humour noir, cette fois, ne cache même pas une douleur noire elle aussi. Et L'aventura de Sophie Letourneur, poilant et fascinant retour sur des vacances merdiques, où comment transfigurer l'autobiographie et donner forme au chaos. Il se débrouille bien, le cinéma français.

Puis un film indé US, Sorry, baby d'Eva Victor : les suites douloureuses d'un viol, les dessous de la fac américaine, une belle amitié féminine, avec bon nombre de belles idées et de scènes fortes.

Puis, comme dessert, un film d'animation parmi les plus beaux qui soient : Flow, de Gints Zibalodis, ou comment des animaux arrivent à vivre ensemble une fois l'être humain disparu. On oublie de râler devant les quelques longueurs, tant le plaisir visuel est total.


Le héros : un petit chat noir.
Flow, film planant.

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Pour terminer, restons dans la splendeur visuelle avec une sacrée BD, Walicho, de la jeune argentine Sole Otero. L'histoire qu'elle déploie (trois sorcières débarquent en Argentine au XVIe siècle avec un bouc et ne vont pas cesser d'exercer jusqu'à notre époque des pouvoirs essentiellement maléfiques) est tellement pleine d'invention que très vite on n'y comprend plus rien, mais il en faut plus pour effrayer un vieux traducteur de poésie, qui comprend rarement, et le vaillant vieillard ira jusqu'au bout, séduit par la folle énergie du dessin.


Cela va mal se terminer...
Là aussi, inquiétante étrangeté.

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Ce n'est pas seulement dans les BD qu'on n'y comprend rien. Ces derniers temps le monde est à l'envers : le berceau de la démocratie vire à la dictature ; un peuple naguère martyr devient allègrement bourreau ; alors que la terre, la mer et l'air sont plus que jamais malades et que ça crève les yeux, nos élites et une large partie du peuple, jouant les autruches, se déchaînent contre les écolos, seuls citoyens lucides, comme si c'était eux le danger.

Pour un peu, on souhaiterait que Trump envahisse le Canada, que Netanyahou obtienne la Croix de fer d'Hitler ou le Nobel de la Paix et que Bardella ou Retailleau nous président, afin que l'horrible fête soit complète, l'absurde et l'odieux atteignant de tels sommets qu'on pourrait y prendre un certain plaisir esthétique. Ce qui vaut mieux que de se flinguer.


...au fond, quelle différence ?
C'est vrai...

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Lisons, ça soigne. En septembre, et en principe, bienvenue à Dumas, Sciascia, Queneau, Pinhas-Delpuech, Siouffi et Crisinel.



Éditions 2024.
Tom Gauld, La revanche des bibliothécaires..








SITATIONS

Savez-vous de qui sont ces phrases ?

(réponse sur le numéro de la citation...)


1


C'est d'avoir vivement cherché une chose qu'on finit par trouver ce que l'on ne cherchait pas.



2


On peut toujours tout démontrer, il suffit de bien parler pour ce faire.








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