BRÈVES

N°234 Avril 2023



BRÈVES


Je me souviens de Patrick Boumard. Nous avons sué jadis un ou deux ans dans la même salle de classe. Il appartenait, avec Jean-Pierre Martin, Jean-Claude Pinson et quelques autres, à la légendaire équipe des Nantais, tous philosophes de haut vol. Puis nos chemins bifurquèrent. J'ai retrouvé sa trace une dizaine d'années plus tard : devenu prof comme la plupart d'entre nous, il avait enregistré en douce plusieurs conseils de classe et publié l'un d'eux, assorti de ses commentaires.

Pourquoi n'ai-je pas lu à l'époque Un conseil de classe très ordinaire, chez Stock ? Le bouquin eut droit à son petit scandale, puis on l'oublia, et c'est tout récemment que j'ai récupéré, non sans mal, un exemplaire d'occase.

Dire que j'aurais pu rater ça !

Le verbatim occupe les cinquante premières pages, et je peux l'affirmer, moi qui ai subi plus de cinq-cents conseils de classe dans ma carrière : celui-là est un chef-d'œuvre. Les plus grands dramaturges n'auraient pas fait mieux que cette tranche de vie extraordinairement ordinaire. Tout y est. Elle a une splendeur d'archétype. Loué soit son héros, star de cette impro collective, grand-prêtre de ce rituel : le Proviseur, borné, réac, poncifiant, gaffeur, tyrannique, changeant les élèves présents, les parents d'élèves et les profs eux-mêmes en serpillières.

Les souvenirs affluent. On rit, et en même temps c'est terrifiant. Ce chef d'établissement génialement con, en fait, n'est qu'un pantin, un porte-voix : à travers lui c'est l'institution qui parle, dans toute sa raideur imbécile. La névrose et la paranoïa de cet homme sont celles d'un système entier déconnecté du réel, qui face à une réalité trop gênante se réfugie dans son délire, et notamment son obsession du travail. D'un bout à l'autre du conseil, pas un seul mot sur la personnalité des élèves, leurs éventuels problèmes.


Ici les choses sont claires, écrit le commentateur : l'élève est là pour souffrir, et sa souffrance est le prix à payer pour le plaisir des professeurs.


Boumard démonte le système sur 150 pages avec méthode, on n'est pas philosophe pour rien, lucidement, puissamment, appelant à la rescousse Foucault, un Freud lacanisé et quelques autres, élargissant le débat à «toute institution instituée». 68 n'est pas loin et Marx non plus.


À travers le mode de fonctionnement de l'institution se profile le modèle social — mode de production et rapports de production — auquel on aspire.


Ce qui manque ici, toutefois, c'est des propositions concrètes afin d'évaluer les élèves de façon juste et profitable pour eux, en attendant le grand soir et la société sans classes (ni conseils de classe ?) qu'on attend toujours quarante ans plus tard, camarade. Quand on a vécu soi-même une flopée de conseils sinistres, désespérants, mais aussi pas mal d'autres plutôt humains, voire carrément joyeux (Mme Zanaret, jamais je n'oublierai les vôtres !), on a tendance à se dire que le modèle actuel peut fonctionner à peu près, pour peu que la rigidité des lois et de certaines personnes soit atténuée par la souplesse de quelques autres, mais on suppose que le jeune Boumard, à l'époque, vomissait les doux réformateurs presque autant que les réacs violents. Il a sûrement évolué, n'est-ce pas, camarade ?


Devenu prof en fac. D'injurologie ?
Son autre chef-d'œuvre.

*


Norbert Czarny aussi, je le connais, mais beaucoup mieux : nous avons longtemps fréquenté Nadeau et sa Quinzaine, comme des planètes qui tournent autour du même soleil. Czarny, grand découvreur, a beaucoup écrit sur les autres et trop peu sur lui-même et les siens. Ses parents, juifs persécutés — le père né en Pologne, rescapé des camps, devenu tailleur, aujourd'hui disparu, tandis que la mère a perdu sa mémoire. Ce livre qui prend la relève, le fils se devait de l'écrire, mais ensuite comment se faire entendre ? Les éditeurs, lui dit-on, reçoivent des témoignages de ce genre en foule.


Quelle forme donner au récit d'une vie comme la sienne ? Quel lien avec ce qui nous arrive ? Les va-nu-pieds, les errants et fugitifs, les spectres marchent en un flux incessant, et nous regardons ailleurs.


Le fils y a mis du temps, mais il a trouvé : dans Mains, fils, ciseaux (Arléa), il raconte au mépris de la chronologie, en suivant l'exemple de sa mère et de ses récits «désordonnés, remplis d'incidentes et de coq-à-l'âne» — comme si les souvenirs se bousculaient, si déchirants qu'ils en effilochent la trame régulière du temps.

C'est ainsi, presque toujours, que le passé nous parvient : par bribes décousues, au fil des récits de l'un ou de l'autre, nous touchant souvent moins par les grands événements ou les grands mots que par un détail fortuit en apparence, car


tout est dans le détail qui soudain éclaire,


avec le fils dans le rôle du scribe qui


essaie d'assembler des fragments, avant que tout ne s'envole avec [lui].


Ça court dans la famille. Le père lui-même, qualifié d'«aède» par son fils, a un sacré talent de conteur, on voit de qui Czarny junior tient le sien. Et ce qui donne à son livre cette impression de vie intense, de chaleur, d'humanité, sa finesse tellement attachante, il semble bien que cela aussi lui vienne du père, et peut-être aussi de la judéité en général :


Rares sont les phrases qu'il prononce au premier degré. Cette ironie, cette tendre dérision, ils viennent de loin, aussi bien dans le temps que dans l'espace. C'est mon plus précieux héritage.


Disponible chez Flora et ailleurs aussi.
Un bon fils et son enfant.

*


On parlait de Nadeau, le revoici, puisque je parcours de mois en mois, sans hâte intempestive, le troisième et dernier tome de ses Soixante ans de journalisme littéraire.

Nous en sommes ce mois-ci à la période 1970-76. L'effervescence autour du Nouveau Roman retombe un peu, dirait-on : au générique, Vous les entendez ? de Sarraute et c'est tout. Nadeau se montre plutôt captivé par Maurice Blanchot, ce qui ne nous surprendra guère, mais aussi par Soljenitsyne — qui à l'époque, il est vrai, porte davantage l'auréole du rebelle que la couronne de roi des réacs.

Deux sommets.

D'abord, la recension de l'énorme Idiot de la famille, où Sartre malmène Flaubert, l'une des idoles de Nadeau, lequel riposte sur plusieurs pages par festival d'ironie pas toujours voilée.


Que Sartre n'ait pas senti son cœur battre pour Emma, qu'il ait contemplé froidement les amours contrariées de Madame Arnoux et de Frédéric, tout de même cela inquiète.


Flaubert se porte bien, merci ; qui lit encore L'idiot de la famille ?

Mais la plus belle page est sans doute celle où Nadeau compare Théâtre/Roman d'Aragon et Lettrines 2 de Gracq :


Je vois bien que ces deux ouvrages n'ont rien de commun. Le premier m'agace, le second me cause un immense plaisir, j'y suis à l'aise et je parviens à lire le monde à travers les yeux de l'auteur. Pourtant, ici et là, la machine rhétorique fait jouer à plein ses bielles et ses pistons, avec jets de vapeur sifflants et tonitruants (mais la vapeur s'évanouit dans l'air) chez Aragon, avec le silence soyeux des courroies de transmission chez Julien Gracq. Belles machines en vérité, huilées, rodées, brillantes de tout leur acier, depuis longtemps mises au point et qui se souviennent d'avoir fonctionné dans l'air neuf : de l'«écriture automatique» pour le premier, pour le second de la phrase filée comme verre de Venise que fabriquait amoureusement André Breton. (...)


Je ne raffole pas de l'écriture de Julien Gracq. Je la trouve un peu trop appliquée et ses descriptions un peu dictées d'école. Mais quel plaisir, à en suivre le mouvement, à se laisser pénétrer par elle. Le mot, parfois rare, parfois insolite, toujours choisi et mis à sa juste place, se frotte à son voisin, moins pour faire jaillir des étincelles qu'afin de permettre à la phrase de courir comme un feu Saint-Elme. Un texte qui palpite, d'une chaleur un peu froide (comme le feu Saint-Elme) mais qui creuse les ombres, se love autour des reliefs, découvre, comme on lève un voile, ce que nous ne savons plus voir.


Autre plaisir en parcourant Nadeau : la rencontre avec des auteurs plus ou moins oubliés depuis, comme Georges Limbour ou Pierre Herbart, que peut-être on lira ou relira grâce à lui.


Il parle même de poésie ! Jacques Dupin, poète difficile, se voit gratifié ici d'un long article louangeur. Son dédain des considérations marchandes vaut au directeur de la Quinzaine des soucis d'argent permanents. Le numéro spécial consacré à «Sa Majesté le Sexe») a-t-il renfloué la caisse ? On n'en saura rien. En tous cas, Nadeau écrit de la révolution sexuelle que


de toutes les révolutions attendues depuis un siècle, on peut bien dire que c'est la seule qui ait réussi.


Prudence, Maurice... Un demi-siècle plus tard, rien n'est encore acquis. Les culs-serrés sont éternels.


...à quatre-vingt-dix ans.
Maurice Nadeau en 2003...

*


Claude Simon, je l'ai rencontré lui aussi ! Oh, si peu. C'était aux Assises de la traduction d'Arles en 1985. Il venait de recevoir le Nobel et cet honneur accablant l'avait épuisé. Je ne les oublierai jamais : ses quatre traducteurs, gaillards costauds dissertant brillamment sur son œuvre et lui assis au milieu, petit homme anéanti, mutique.

La bataille de Pharsale (Minuit, 1969), je l'ai achetée alors et jamais lue, il est temps. Il faut dire que c'est du raide. Il n'y a pas là un sujet, mais plusieurs : la vaine recherche du champ de bataille de Pharsale en Grèce, un tableau de bataille, la retraite de 1940, un enfant qui se bat avec sa version latine, un couple qui fait l'amour tandis que le mari frappe à la porte, des jeunes sur une place, un pigeon qui s'envole, scènes qui alternent en fondu enchaîné ou même surimpression, avec très gros plans, plans d'ensemble, ralentis, arrêts sur image et brusques cavalcades. Voici


des tas confus qui semblent être faits de corps amoncelés ce qui, toute fois, n'apparaît qu'à un examen attentif, les formes d'un gris bleuâtre pouvant aussi bien être prises, au premier regard, pour des rochers, hommes et nature étant, dans tout le vaste paysage qui se découvre, étroitement imbriqués et, dirait-on, appartenant à un même règne où le végétal, l'animal et le minéraliseraient confondus, la forêt de lances dont se hérisse la masse des combattants parcourue de remous, de frissons, ondulant à la façon des épis dans un champ de blé sous les poussées du vent qui les fait tour à tour ployer et se redresser, le mouvement se propageant de proche en proche (comme ceux qu'exécutent sur les scènes des music-halls ces bataillons de girls levant et abaissant leurs jambes — ou leurs bustes — l'un après l'autre de sorte que de longues vagues semblent courir le long du front des cuisses nues, des sourires figés et des coiffures emplumées), l'ensemble des deux armées dans une confuse mêlée agitée de contractions, de lentes convulsions comme celles qui resserrent ou dilatent les intestins ou ces inextricables nœuds de reptiles emmêlés dans ces combats mortels où dans les replis compliqués des anneaux il est impossible de reconnaître l'un ou l'autre ceux qui étaient engagés dans le chemin menant au village d'où les premières rafales étaient parties refluèrent en désordre les autres s'arrêtant sautant à bas des chevaux...


C'est torrentiel, étourdissant, mais on a l'impression que l'auteur de l'enthousiasmante Route des Flandres, cette fois, s'emballe. On est largué. Le lecteur professionnel que je suis s'essouffle à suivre la galopade. Plus tard, le fringant cavalier nous épargnant davantage, nous autres piétons, L'acacia et Le jardin des Plantes, ces deux merveilles plutôt complexes, paraîtront presque faciles.


Au 31e dragons, Lunéville.
Claude Simon en 1935.

*


Ce mois-ci, décidément, mes citations s'allongent. Et cela est bon. Recopier ainsi les phrases qu'on aime, ce n'est pas seulement rendre hommage, c'est s'en imprégner, de se mettre dans la peau de l'auteur. Acte magique, presque cannibale.

Alors continuons.


Oh ! pourquoi se sentait-elle ce soir si tendre envers le monde entier ? Tout était bon, juste. Tout ce qui survenait semblait emplir à nouveau sa coupe débordante de félicité.

Et toujours, au fond de sa pensée, demeurait le poirier. Il devait être en argent, à cette heure-ci, éclairé par la lune de ce pauvre Eddie, en argent comme miss Fulton, qui, assise là, retournait une mandarine entre ses doigts délicats, si pâles qu'une lueur semblait en émaner.


De qui est-ce ?

Oui, bravo : Katherine Mansfield. L'extrait est tiré de «Bliss», nouvelle tirée du recueil Bliss — Félicité dans la version française.

Mansfield est là tout entière. Le bonheur promis par le titre, d'autant plus fort qu'inexplicable, oui mais le ver est dans le fruit. Des personnages souvent divisés, apparence lisse et tourments cachés. Sous la surface claire, de sombres remous, un peu comme chez Sarraute. Une douceur cruelle. Des sensations vives traduites en images aiguës (les doigts lumineux ici, et juste avant, les glaces à la pistache «vertes et froides comme les paupières des danseuses égyptiennes»), images lancées parfois sans prévenir («deux oiseaux chantaient dans la bouilloire»), avec la même audace, la même liberté qui court dans l'écriture.

J'ai lu Bliss et The garden party jadis, il y a cinquante ans (mon anglais meilleur alors qu'aujourd'hui), et je ne me souvenais de rien, à part une impression confusément agréable. Comment ai-je pu être si sourd ? Mon oreille, semble-t-il, s'est affinée avec le temps.

Stock vient de publier l'intégrale de ses nouvelles, une centaine, dans un volume imposant, précédées d'une épatante préface de Marie Desplechin, avec quatorze traducteurs au générique. Des traductions anciennes pour l'essentiel. Est-ce un bon choix ? Réponse (partielle) dans «Infimes détails», le Carnet du traducteur de ce mois.


Tourments pas vraiment cachés...
Katherine Mansfield

*


Je n'ai pas connu non plus André Chénier, mort sous le couperet de Robespierre, mais je dois de le lire aujourd'hui à un homme bien vivant : le traducteur André Markowicz. Oui, celui-là même qui depuis un an, tous les deux jours sur facebook, chante le combat de l'Ukraine et vomit les horreurs de la Russie avec une fougue extraordinaire qui réconforte. Markowicz, versificateur hors pair (voir son Eugène Onéguine, son Soleil d'Alexandre), clamait récemment dans une chronique sa vénération pour la poésie de Chénier.

Je connais mal Chénier. Mme Clocheau, au CM2, nous avait fait lire son «Ode à la France» :


Tu ne sens point du Nord les glaçantes horreurs ;

Le Midi de ses feux t'épargne les fureurs ;

Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles ;

Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles.


Je l'ai vaguement fréquenté lu à vingt ans, puis plus rien. Allons voir.

Dans son Art d'aimer, le héros lit une lettre de sa bien-aimée :


Il savoure à loisir ces lignes qu'il dévore ;

Il les lit, les relit et les relit encore,

Baise la feuille aimée et la porte à son cœur.

Tout à coup de ses doigts l'aquilon ravisseur

Vient, l'emporte et s'enfuit. Dieux ! il se lève, il crie,

Il voit, par le vallon, par l'air, par la prairie,

Fuir avec ce papier, cher soutien de ses jours,

Son âme et tout lui-même et toutes ses amours.


Voilà qui résume assez bien cette étrange poésie assise entre deux chaises, visiblement tiraillée entre classicisme d'hier et romantisme de demain : on y voit la rhétorique ancienne un peu guindée (l'aquilon, le cher soutien...) soulevée ici ou là par un frémissement nouveau,


Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée.


Mort à trente-deux ans, Chénier laisse tout de même une œuvre abondante, parfois inachevée, quasiment inédite de son vivant, et peu accessible aujourd'hui encore : la collection Poésie/Gallimard, si souvent exemplaire, s'est plantée en nous livrant le facsimile d'une édition du XIXe siècle aux commentaires prolixes et désuets, où manquent de surcroît certains des plus beaux poèmes, parmi les derniers, écrits en prison, d'une âpreté superbe. On y trouve, certes


Sa langue est un fer chaud ; dans ses veines brûlées

Serpentent des fleuves de fiel,


mais pas


Que la tombe sur vous, sur vos reliques chères,

Soit légère, ô mortels sacrés !

Pour qu'avec moins d'efforts, par les dogues vos frères,

Vos cadavres soient déchirés,


et pas non plus


Quel remords agite le flanc,

Tourmente le sommeil du tribunal impie

Qui mange, boit, rote du sang ?


Un portrait peu connu.
André Chénier.

*


Et revoilà le grand Feydeau avec sa pièce la plus célèbre sans doute, la plus longue, la plus riche en personnages (on l'a surnommée «le Soulier de satin du vaudeville») et l'une des plus folles assurément : La dame de chez Maxim. On y retrouve l'habituelle débauche de chassés-croisés amoureux sur fond de critique sociale, mais cette fois l'avalanche de quiproquos et l'extravagance qui en découle atteignent des sommets. Le lecteur lui-même en est abasourdi, voire égaré — l'incohérence de ma métaphore ci-dessus tombe à pic. Au déluge de mots s'ajoutent des jeux de scène d'une précision terrible, exigeant des acteurs danseurs, voire acrobates. Parmi les protagonistes, un engin bizarre, le fauteuil extatique, trouvaille exquise, parfait ornement pour cette pièce en forme de machine à rires infernale.


Bussang, 2017. Mise en scène de Vincent Goethals.
Acrobates !

*


J'étais sans doute le dernier à n'avoir pas lu L'Arabe du futur, la saga autobiographique de Riad Sattouf en cinq volumes, chez Allary Éditions. Voilà, c'est réparé. Sous-titre du tome 1 : Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984). Né d'une mère Gauloise et d'un père Syrien, le petit Riad va vivre une enfance pauvre et chaotique en Syrie et en Libye, où c'est l'horreur, et en Bretagne où c'est moins pire tout de même. Quelle mémoire phénoménale ! On s'y croirait. Tout gamin encore, il semble avoir noté intégralement ce qu'il a rencontré d'odieux et de ridicule, n'épargnant ni Hafez Al-Assad, Kadhafi et leurs sujets, ni même son propre père, qui en prend pour son grade. L'humour du fiston est ravageur, et son dessin genre petits mickeys, subtilement coloré, fait merveille.


Et ce n'est qu'un début.
La Libye vers 1980...

*


Chaque semaine, à Paris, ce paradis du cinéphile, sort une dizaine de films, dont deux ou trois qui nous font très envie et nous seraient sûrement précieux. Sans compter la masse immense des anciens qu'on a ratés. Même à raison d'un film par jour on serait loin du compte. Paradis ? Non, enfer de frustration.

Ce mois-ci, des nouveautés seulement.

En regardant The Fabelmans, l'autobiographie de Steven Spielberg, en suivant l'enfant puis l'adolescent dans son combat pour vivre envers et contre tout sa passion, le cinéma, on s'émeut, on rit, on se régale, tout en se demandant ce qui empêche ce très bon film d'être un grand film.

Pacifiction, d'Albert Serra, nous promène dans Tahiti, de lagune en boites de nuit, de vahinés transsexuelles en amiraux alcoolos, ça parle d'une reprise des essais nucléaires et de bien d'autres choses plus nébuleuses, bref on ne comprend quasiment rien mais c'est original, incontestablement, et ça dégage un certain charme, venu on ne sait d'où. De nombreux critiques y voient un chef-d'œuvre, et pourquoi pas ? Ce ne serait pas le premier qu'on manque.

Avec Goutte d'or du passionnant Clément Cogitore, on retrouve Paris, dans un quartier glauque où un petit escroc qui joue les voyants se heurte à la violence d'un groupe de jeunes ados. On est là dans un monde plus lointain encore que Tahiti dans un sens, un monde où la raison n'a plus cours. Et l'on se retrouve englué dans cette histoire, si humaine sous sa brutalité de surface.

Mon crime de François Ozon ne nous prend pas aux tripes, lui, mais nous enchante avec son allure de film à l'ancienne, son intrigue astucieuse et délicieuse, son ironie doucement subversive, et les brillantissimes numéros d'acteur, à l'ancienne eux aussi, de Mme Huppert et MM. Lucchini et Dussollier.


Les deux héroïnes, parfaites elles aussi.
Ils sont tous là...

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Après ces années confinées, les voyages du VRP (Vieux Routier de la Poésie) reprennent. Cap sur Vichy, la valise toute pleine de Miel des anges. La Médiathèque Valéry-Larbaud et l'Association des amis de la Grèce à Vichy ont réussi à rassembler un public insolitement nombreux pour écouter mes lectures d'Ikonòmou, Papamòskhos et autres, puis les rebètika chantés et joués par mes chers amis Marìa Kanavàki et Chrìstos Pàvlis. Faire entendre ce qu'il a écrit, rencontrer ceux qui l'ont lu ou le liront, c'est le grand bonheur du traducteur.

Plaisir aussi de passer par la petite gare de Bercy, discrète, quasi familiale, sans portiques à franchir pour accéder au train — pas un TGV, un simple train à l'allure pépère, où du coup les passagers qui tendent leur smartphone au contrôleur, comme c'est devenu l'usage, semblent sortis d'un film de science-fiction.


...il est bôôô, le nouveau billet !
Eh oui, mes chéries...

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À l'affiche en mai, du connu et du moins connu, comme d'hab : Nadeau et Feydeau à nouveau, Modiano et Sempé, Reid, Paterson, Hébrart, Céard et qui encore ?





www.lesentierdugrandparis.com
Will, Franquin, Macherot, Delporte, Les maléfices de l'oncle Hermès








SITATIONS

Savez-vous de qui sont ces phrases ?

(réponse sur le numéro de la citation...)


1


Bien écrire n'est pas dire exactement ce qu'on voulait dire, c'est dire mieux que ce qu'on voulait dire, en utilisant la langue comme un tremplin.



2


Un écrivain inspiré est celui qui est dépassé par son propre texte.








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