BRÈVES

N°178 juillet



BRÈVES


L'été venant, les îles grecques se repeuplent, des nuées étrangères s'abattent sur leurs côtes, il paraît que cette année va enfoncer les records et il faut se réjouir de cette manne salvatrice, de cette perfusion pour pays exsangue. Surtout si l'on ne compte pas se mêler à la cohue.

Le voyage vers l'été grec a désormais un nouveau guide : Jean-Luc Cadenel. Son Kafé grec nous décrit un pays qu'il adore dans une quarantaine de brefs chapitres, précédés d'un éloge bien senti du café grec, lequel «est une philosophie de vie à lui tout seul». On trouve là quelques savoureux portraits, des pêcheurs, des bergers, un escroqueur de touristes, tout cela sur fond de mer et de ciel bleus, Zorba lui-même est invité, mais attention : l'auteur, outre les îles, fréquente aussi les villes, et les beaux étés ne lui masquent pas les rudes hivers. Au-delà du pittoresque des images touristiques, il sait voir et raconter les malheurs actuels d'un pays martyr. Témoin, entre autres passages, ce paragraphe désenchanté :


Perché sur le vieux sémaphore, en panne depuis des années, un cormoran fixait l'horizon. Il semblait se demander s'il devait rester là ou bien s'envoler vers d'autres cieux, vers des rivages plus propices ?... Tous les Grecs du village et leurs chats en étaient à se poser la même question.


Le détrousseur de touristes est poussé par la misère apportée par la crise — il va se raviser, qu'on se rassure —, et parmi les plus beaux personnages du livre il y en a deux maltraités par la vie : un marchand ambulant et un commissaire. Quant au célèbre toutou des manifs d'Athènes, il vient ici aboyer contre l'Aube Dorée comme il se doit. Les instantanés de Jean-Luc Cadenel ne sont pas des cartes postales, mais les facettes d'un tableau nuancé, globalement équilibré, où l'amour n'entraîne pas l'aveuglement.

Pour se procurer Kafé grec — pas besoin pour cela de projeter un voyage là-bas — il faut s'adresser à kafegrec@gmail.com. On peut aussi, auparavant, consulter le site https://k2nel8.wixsite.com/kafegrec.


Il a même fait la couv de Time magazine !
Loukànikos, le célèbre chien contestataire.

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L'autre virée grecque de ce mois est moins touristique. Oncle Abraham vit toujours ici, d'Elèna Houzoùri, nous emmène dans un lieu très différent des îles : Thessalonique, ville discrète, dissimule ses trésors. On peut y passer sans rien voir. «Ville des fantômes», écrit l'auteur. Et plus loin : «Quelque chose a eu lieu dans cette ville, et elle semble muette. Elle ne s'ouvre pas à moi. Elle me cache les traces.»

Thessalonique, restée ottomane jusqu'en 1913, fut pendant des siècles peuplée essentiellement par des Juifs, jusqu'à ce que les Nazis se chargent de les exterminer. Une poignée d'entre eux seulement est revenue d'Auschwitz. Tel est le principal secret de la ville, et le sujet du livre. En 2012, une étudiante israélienne débarque dans l'ancienne «Jérusalem des Balkans» en vue d'écrire sa thèse sur son ancêtre Abraham Bénaroya, qui fonda le premier Parti socialiste grec. Elle va surtout découvrir, au fil d'une enquête ponctuée de scènes très fortes, une ténébreuse histoire familiale.

Ce que le lecteur découvre aussi, c'est l'histoire de cette communauté juive au cours du siècle passé — une histoire qui gêne un peu les Grecs : ils n'y ont pas toujours le beau rôle. Ces persécutés héréditaires que sont les Juifs subirent plus d'une avanie, dont le pogrom de 1931, minutieusement reconstitué ici, avant l'horreur finale. L'auteure s'est bien documentée et elle décrit ses fantômes comme si elle les avait rencontrés. Ce négociant dans l'entre-deux-guerres, par exemple :


Il ne perdait pas une occasion de déclarer, débordant de fierté, qu'il était Salonicien et juste après, Européen, et il se sentait merveilleusement bien dans cette double identité. Laquelle se renforçait même grâce au regard épris d'ouverture et de liberté qu'il portait sur le monde, imprégné de la tradition européenne des Lumières et de la tolérance.


Comme beaucoup de ses coreligionnaires, ce Jacob/Jacques est tiraillé entre ses idées avancées et les réconforts de la tradition, ce refuge face aux épreuves. Ce fut une grave perte pour la Grèce que la disparition de ces Carasso, Modiano, Molho et autres Arditi, qu'on peut également retrouver, décrits avec la même sympathie, dans deux autres livres grecs admirables : Gioconda de Nìkos Kokàndzis (L'Aube) et Le sarcophage de Yòrgos Ioànnou (Le miel des anges).

Cet Oncle Abraham est traduit (fort bien) par ma valeureuse consœur Simone Taillefer, qui l'a édité elle-même aux éditions Monemvassia, longue vie à elle et elles.


2017, 74 ans plus tard.
Elle a survécu.

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Après une Israélienne en Grèce, un Russe en Occident. Evgueni Zamiatine découvrit l'Angleterre en 1916 et pour lui ce fut un choc. Le livre qu'il en tira, publié à son retour en 1918, en est un aussi pour le lecteur.

Les insulaires (10/18) décrit une petite ville anglaise régie par le plus étouffant des conservatismes, à l'image d'un terrifiant pasteur dont l'obsession de l'ordre et la haine de l'imprévu poussent le conformisme, ô paradoxe, jusqu'à des sommets d'excentrisme. L'ordre implacable que chacun s'efforce d'imposer engendre un fourmillement de désordres en tous genres ; l'intensité du refoulement général, notamment, entraîne une érotisation galopante.

Cette brève satire (une centaine de pages), ce sautillant ballet de pantins d'une drôlerie féroce, est un festival d'écriture, avec ses images ahurissantes, le plus souvent géométriques et mécaniques — il y a là un trait d'époque, témoins les grinçantes et percutantes musiques des jeunes Prokofiev et Chostakovitch plus tard.

Voilà ce qu'on lit dans la page la plus cinglante :


Comme on sait, tout homme comme il faut se doit, dans la mesure du possible, de ne pas avoir de visage. C'est-à-dire, non qu'il ne faille pas en avoir du tout, mais plutôt : un visage qui n'en soit pas, pour ne pas plus sauter aux yeux que ne le fait la robe du bon faiseur. (...)

Il va de soi que maisons, arbres, rues, ciel et le reste de la création doivent satisfaire aux mêmes conditions pour avoir l'honneur de se dire honnêtes et comme il faut. C'est pourquoi, quand les jours froids et gris cessèrent et que soudain l'été arriva, laissant le soleil briller d'une façon révoltante, lady Kemble se sentit choquée. (...)

Mais le soleil déchainé, indécent n'en avait cure et riait, la bouche ouverte jusqu'aux oreilles.


La traduction de Françoise Lyssenko se lit avec bonheur ; sa façon de coller par moments au russe, qui serait gênante ailleurs, donne à cette prose un petit air égaré, un agréable supplément de peps.


(quelques années plus tard)
Zamiatine

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Dans la série science-fiction de cette année, un nouveau titre était prévu. À quoi bon dire lequel, au risque d'en dégoûter les trois ou quatre lecteurs de ce site ? (Chers amis bonjour ! Comment va ?) Entre ce roman et moi, rien ne s'est passé. Mais rien. Pas même de sentiments négatifs. Je ne sais même plus de quoi ça parlait. Nous nous sommes donc séparés d'un commun accord à la page 61.


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Deux nouveaux coups de cœur pour se consoler, d'autant plus réjouissants qu'ils nous sont offerts par deux premiers livres.

D'abord, Les pas perdus, d'Etienne Verhasselt, au Tripode.

Des nouvelles, eh oui — que personne ne fuie. Une quarantaine, parfois très brèves, où il se passe pourtant une foule de choses. Des choses incroyables surtout.

Ça commence comme ça :


Ce matin, René Desessendre est mort de la scarlatine. Hier, d'une pneumonie. Avant-hier, d'une septicémie, et le jour d'avant d'un cancer du pancréas. Auparavant, René Desessendre avait été emporté par la diphtérie, la méningite, la sénilité précoce, la rage, la peste noire, la liste est interminable.


Verhasselt nous invite à une débauche d'imaginaire, à une orgie de fantastique. Les objets prennent vie et les êtres animés deviennent objets ; la terre se change en mer et vice versa ; une mite vous pousse au suicide, mais on noue une grande amitié avec un moustique ; on nage dans l'œil de la bien-aimée. Certaines histoires, comme «Le prince Kedal», atteignent les plus extrêmes limites de l'absurde, la folie rôde, jamais loin, mais en même temps on n'a pas le sentiment d'un exercice gratuit : l'étrange naît le plus souvent d'un réel démesurément agrandi par la loupe, et l'aspect inquiétant, menaçant, cruel que prend le monde ici n'a rien que de très réel, hélas.

Verhasselt a lu Buzzati, Kafka et quelques autres, ses textes dégagent comme les leurs un enivrant mélange d'angoisse et de jubilation, et sans vouloir le réduire à ses origines, on peut saluer chez lui cette étrangeté qui imprègne son pays, la Belgique, terre d'accueil privilégiée du surréalisme comme chacun sait. Mais il a sa vision à lui, sa voix propre, et certaines de ses nouvelles («Ordre», «Le chant», «Cocorico !») suscitent un frisson sacré que peu d'œuvres inspirent à ce point.


...comme beaucoup de tueuses...
Mite plutôt mignonne...

*


L'ange du bizarre descend aussi sur le roman de Victor Pouchet, Pourquoi les oiseaux meurent (chez Finitude, excellente adresse), mais en repliant un peu ses ailes. L'histoire est brindezingue sur les bords, mais sans vraiment décoller de la réalité : un type un peu glandeur, portant le nom de l'auteur, fasciné par de mystérieuses pluies d'oiseaux, embarque pour une croisière sur la Seine, découvre l'existence d'un scientifique bizarre portant son nom qui fut le rival malheureux de Pasteur, et va d'épisode cocasse en péripétie dérisoire. Quelle imagination, se dit-on, mais non, vérification faite ces croisières existent et ce savant exista. Comme quoi, une fois de plus, c'est le réel qui déconne quand on sait le regarder.

On est charmé dès l'abord par l'insolite léger de la chose, le ton subtilement charmeur — cette gaieté crispée, cette ironie un peu lasse —, avant de sentir peu à peu qu'il y a là plus qu'il n'y paraît, que l'amusante épopée foireuse cache, un peu comme chez Echenoz, des profondeurs insoupçonnées.

L'essentiel, c'est le retour du héros à son enfance («les pires et meilleures années de ma vie»), la recherche d'un père fuyant, la tentative pour mettre un peu d'ordre dans une vie qui brinqueballe, et grandir enfin.


J'étais à l'âge où la plupart de mes amis donnaient à leur vie un tracé cohérent, construisant carrières et relations sentimentales stables, avec des lignes claires et de jolies couleurs. De ce point de vue, j'en étais encore à des gribouillis d'enfant daltonien.

(...)

Inutiles sont les parents, les germes et les embryons. Au lieu de chercher la trace et le soutien de mon père, il me suffirait peut-être de trouver de quel magma vital imputrescible j'avais éclos, dans quel liquide primitif mon organisme s'était déployé. Né spontanément, je pourrais échappera l'hérédité étaux ressemblances. N'étant plus le fils de personne, je me sauverais enfin de la culpabilité.


Autant son héros est immature, autant l'écrivain affiche une sacrée maîtrise, avec l'art qu'il déploie dans l'union du plaisant et du sérieux, du sourire et du soupir, dans tous ces passages si inventifs, si bien balancés qu'on en ronronne de plaisir.


Extrait d'une planche d'Adolphe Millot.
Sur la couverture.

*


Et l'on n'a pas fini de ronronner ! Voici Paul-Jean Toulet et ses poèmes, lus et relus autrefois dans l'excellent volume de Poètes d'aujourd'hui chez Seghers, dû à Pierre Olivier Walzer. Ce n'était qu'un choix ; l'intégrale des Contrerimes, Nouvelles contrerimes, c'est en GF, dans un volume qu'il fallait bien s'offrir un jour.

Difficile à caser, ce Toulet. Petit-maître au registre limité, évoquant ses amours, ses voyages, ses états d'âme dans une poignée de poèmes-bibelots ? Ou grand maître, comme l'ont pensé certains, dont Borges ?


J'évoque sur tes bords heureux,

Ô Méditerranée,

D'une amoureuse après-dînée

L'ombre, le rocher creux,


Ou l'arabesque périssable

D'un plaisir balancé

Qui de sa hanche avait tracé

Le contour sur le sable...


Brefs, ses poèmes, oui, mais d'une densité rare. Comme faits d'une autre matière. Resserrés à l'extrême, au prix de torsions lexicales et grammaticales diverses, au mépris de la langue académique, avec une invention qui loin d'abîmer le français, l'enrichit et l'embellit. Avec aussi une obscurité quasi mallarméenne — 180 pages de poésie, 50 pages de notes bienvenues —, obscurité aggravée par des allusions constantes à la vie du poète et le recours à un vocabulaire tantôt précieux, tantôt argotique et devenu en partie obsolète, comme si le poète dédaignait d'expliquer, comme s'il écrivait pour un petit cercle d'amis. Belle désinvolture, qui contraste avec le travail acharné que l'on devine ; étrange et captivant mélange de périssable et d'éternel, de marbre et de fumée.


Molle rive dont le dessin

Est d'un bras qui se plie,

Colline de brume embellie

Comme se voile un sein,


Filaos au chantant ramage —

Que je meure et demain,

Vous ne serez plus, si ma main

N'a fixé votre image.


La forme dite contrerime est à elle seule un petit chef-d'œuvre : les rythmes suivent le schéma abab (long-bref, long-bref), les rimes sont embrassées, abba, ce qui produit un contrepoint subtil, un mélange grisant d'équilibre et de boiterie. Ce mouvement contraire se reproduit à l'échelle du poème entre les strophes, refermées sur elles-mêmes, et la narration qui va de l'avant.


On descendrait, si vous l'osiez,

D'en haut de la terrasse,

Jusques au seuil, où s'embarrasse

Le pas dans les rosiers.


D'un martin-pêcheur qui s'élance

L'éclair n'a que passé ;

Et la source, à son pleur glacé,

Alterne un noir silence.


L'Angélus, dans le couchant roux,

Comme un parfum s'efface.

Lilith, en détournant sa face,

A tiré les verroux.


Comment ne pas être charmé par cette langue ronde, pleine et en même temps souple et vive, par ce mélange d'ironie et de ferveur, d'enjouement et d'amertume, d'hédonisme et de mélancolie ?

Curieux, tout de même, ces vers qu'on lit avec tant de tendresse et même de gratitude, émanant de ce gaillard peu sympathique, fieffé réactionnaire.


...Mon cœur, si doux à prendre

Entre tes mains,

Ouvre-le, ce n'est rien

Qu'un peu de cendre.


Ce bambocheur mourut épuisé à cinquante-trois ans. Et alors ? S'il fallait faire passer un contrôle anti-dopage aux écrivains pochards ou camés, à l'arrivée il n'y aurait plus grand monde.

Allez, encore un :


...Et vous, dont le rire joyeux

M'a caché tant d'alarmes,

Puissé-je voir enfin des larmes

Monter jusqu'à vos yeux.


Avant la déchéance.
Toulet jeune.

*


Poésie (suite). Voici l'album n°10 de Brassens où il met en musique trois poètes : Richepin («Les oiseaux de passage»), Lamartine («Pensées des morts») et lui-même bien sûr. Une fois de plus, tout est bon chez lui, y a rien à jeter, sur l'île déserte il faut tout emporter. On admire aussi, dans ce nouveau bouquet, la délicatesse du dosage : après «Misogynie à part», pas la plus féministe des chansons («Elle m'emmerde, elle m'emmerde...»), le bon Georges se fait pardonner avec de lumineux portraits de femmes : «Bécassine», «Rien à jeter» et «La religieuse». Tout à la fin, cependant, rechute : le «Sale petit bonhomme», c'est ce salopiaud de Cupidon qui laisse tomber le poète et sa mie, tuant leur amour. Le disque se termine sur cette strophe, la plus amère sans doute que Brassens ait chantée :


Ma mie, ne prenez pas ma complainte au tragique

Les raisons qui, ce soir, m'ont rendu nostalgique

Sont les moins nobles des raisons,

Et j'aurais sans nul doute enterré cette histoire

Si, pour renouveler un peu mon répertoire

Je n'avais besoin de chansons.


Mais retenons plus tôt, pour mot de la fin, ces quatre petits vers d'une simplicité et d'une grâce absolues :


Sans ses cheveux qui volent

J'aurais dorénavant

Des difficultés folles

À voir d'où vient le vent.


Déjà grisonnant.
Brassens à l'époque.

*


La BD du mois : Je suis le gardien de mon frère, scénario de Pierre Makyo, dessins de Liu Wei, chez Glénat. Violences familiales, parricide, suicide, déprime, menaces de mort, amours, haines, drames répétés de génération en génération, l'histoire est si complexe et incroyable que paradoxalement elle sonne vrai : qui pourrait, qui oserait inventer pareille tragédie ! Elle est d'une force elle-même incroyable. On peut ne pas être fana du dessin, mais la relation entre les deux frères est d'une ambiguïté, d'une richesse qui éclairent le fond de l'être humain.


On devine...
Le père, ma mère, le fils.

*


Côté cinéma, l'horreur : pour la première fois en près de soixante ans, j'aurai passé un mois entier sans voir un seul film ! Les longs travaux dans la maison, ceux du jardin et des ruches ont totalement accaparé Carole, or nous avons pris l'habitude de visionner ensemble. Rattrapage prévu en juillet.

Une bonne nouvelle en attendant : la sortie d'un coffret DVD rassemblant neuf films de Philippe Faucon, films jusqu'alors difficilement accessibles. Ce sera pour nous l'occasion de voir ou revoir le travail d'un de nos meilleurs cinéastes — l'un des plus discrets et des plus attachants.


...qui n'est pas dans le coffret, grrr...
Catherine Klein et Dominique Perrier dans Muriel fait le désespoir de ses parents...

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Discret, attachant, ces termes nous éloignent fort du monde politique, ce braillard menteur et violent. Avec, il est vrai, des moments de douceur hypocrite, témoin ce récent voyage à Rome de notre patron actuel, dans les pas de ses prédécesseurs. (Sarkommence...)

Sacré pape ! Son cadeau malicieux à la jeune brute — une médaille de Saint Martin offrant la moitié de son manteau à un pauvre — est un message relativement discret, quoique bien clair, et attachant sans conteste.

Car les pauvres, il s'en tamponne, le président des riches, comme chacun sait ; à ce propos, Jean Rouaud lui taille dans Le Monde ces jours-ci un costard de luxe qui le laisse cruellement nu. Ce qui n'empêchera pas le maître élyséen d'aligner tranquillement les réformes scélérates dans l'indifférence bovine de la majorité d'entre nous. Ses minables reculades face aux lobbies dans le domaine alimentaire et plus généralement écologique sont à deux doigts du crime contre l'humanité, et à plus court terme son attitude face aux migrants, froidement assumée, une infamie. Que tous les chefs d'État actuels, ou presque, soient plus ou moins dans le même sac peut passer pour une circonstance atténuante — les vrais criminels, en fin de compte, étant nous autres, nous tous qui les avons élus. Vivrai-je assez vieux pour voir certains d'entre eux au moins jugés, condamnés, maudits par leurs héritiers ?

Religion (suite) : on apprend qu'un nombre croissant de catholiques français diabolisent les migrants et refusent qu'ils soient traités avec un minimum d'humanité. Faut-il encore s'indigner ? On le sait depuis longtemps, une bonne partie des cathos n'ont plus rien de chrétien. Les préceptes de Jésus, ça commence à bien faire...


...plutôt que pleurer.
Mieux vaut en rire...

*


En août ? Voltaire, Aymé, Debray, Martinet, Bon, Mendelsohn, Brown, Fabcaro.













SITATIONS

Savez-vous de qui sont ces phrases ?

(réponse sur le numéro de la citation...)



1


Le vent crétinisant du succès.



2


Quiconque est soupçonneux invite à le trahir.








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